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Les histoires de la brume

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Au départ, ils étaient seulement quatre.

Ils ne se connaissaient pas, ils étaient arrivés en même temps dans cette étrange forêt brumeuse où le jour ne se levait jamais. Chacun s'était perdu dans les bois, chacun avait un endroit à retrouver. Mais aucun ne savait où se trouvait la sortie, si tant est qu'elle existe. Chaque fois que l'un d'entre eux partait explorer, il revenait au point de départ. Comme un labyrinthe dépourvut de solution. Passés la colère, la terreur, l'espoir et le désespoir, ils avaient établi un camp à cet endroit où chacun se réunissait.

Un feu qui ne s'éteignait pas, des couches rudimentaires qui ne se dégradaient jamais. Ni eau, ni nourriture, pour des besoins vitaux qui n'existaient plus. Pas plus que le sommeil. Comme si leur corps était déjà mort à l'intérieur, mais que leur esprit continuait de le porter.

La seule chose qui les rendait sûrs de ne pas être dans un rêve était la douleur de chaque procès. Les coups infligés par les monstres qui les traquaient dissipaient tout doute. Chacun avait vécu son premier sacrifice très différemment, mais tous tombaient d'accord sur le fait que c'était la plus horrible des expériences. Même si aucun n'avait de souvenir entre le moment de la mort, et le moment du réveil.

Jake Park, Dwight Fairfield, Claudette Morel et Meg Thomas. Aucun ne se connaissait, mais ils avaient tous en commun la misère de leur situation. Ils avaient appris tout seuls qu'ils étaient dans le royaume d'une entité méconnue qui les avait choisi pour être sacrifiés en boucle lors du procès et ce qu'ils devaient faire pour survivre. Ils avaient finit par connaître leur adversaire par coeur. Le Piegeur, Le Spectre et le Montagnard. Ils avaient appris à contrer leur stratégie, à s'entraider et à user de toutes les ressources à leur disposition.

Avec le temps, ils avaient finit par installer une routine.

Et puis des nouveaux étaient arrivés, chamboulant le peu de repères qu'ils essayaient de construire. L'arrivée de Nea Karlsson avec la nouvelle tueuse en la personne de l'Infirmière leur fit comprendre que l'Entité ne se satisferait pas des individus qu'elle avait déjà piégés, et qu'elle complèterait son royaume. Ce fut avec Laurie Strode qu'ils se rendirent compte que ce n'était pas uniquement dans leur monde qu'elle chercherait ses victimes. Si Jake s'était isolé de la civilisation pour ne rien en connaître, et que Claudette n'était pas fan de film d'horreur, Meg et Dwight reconnurent l'héroïne de cette saga normalement fictive qu'était Halloween.

Michael Myers était beaucoup plus effrayant qu'à la télé.

Au début, peut-être que cela faisait quelque chose d'être en face d'une icône du cinéma d'horreur en chair et en os, mais au bout de la dixième mort, on n'y faisait plus attention.

D'autres s'étaient succédé. Certains sortis de dimensions fictives, d'autres qui auraient pu être dans le même monde qu'eux, et d'autres qui interrogeaient sur les choix de l'entité (Pourquoi un monde de zombies?). Chaque nouvel arrivant apportait sa propre expérience qui augmentait leurs chances de survie, mais également un nouveau tueur qui les ferait souffrir différemment. Et qui, d'une manière ou d'une autre, partageait aussi certains de ses savoirs avec les autres tueurs.

Au final, le contexte restait le même, mais le jeu évoluait, et leur groupe de survivants se transforma en véritable communauté.

Des petites surprises arrivaient, des "cadeaux" de l'entité, comme des vêtements, des douceurs même s'ils ne ressentaient plus la faim, et parfois même, des rêves. Les lieux des procès devenaient aussi diversifiés, à l'image des tueurs qui regorgeaient de plus en plus de surprises. Une vie s'installait qui, même si elle restait rythmée par la mort et la peur, devenait étrangement confortable. Entre les phases de procès, ils avaient tous apprit à s'habituer à la nuit éternelle, à installer des règles et proposer des activités pour tromper l'ennuie.

Et puis, d'autres choses étaient apparus. Des liens s'étaient noués. D'autres avaient refait surface. Certaines histoires s'étaient partagées. D'autres restaient secrètes. La brume permettait des choses. Des choses nouvelles. Des choses déjà faites. Survivants. Tueurs. Survivants et Tueurs. Si la limite restait claire lors de leur confrontation pendant les phases de procès, elle devenait soudain floue sitôt le contexte du sacrifice mis de côté. Certains ne voulaient que tuer. Mais d'autres désiraient plus. Plus que le sang et plus que l'adrénaline.

Au départ, ils n'étaient que quatre, apeurés et désespérés.

Maintenant, même s'ils n'avaient plus vraiment d'espoir, ils étaient beaucoup plus, et juste cela était suffisamment réconfortant pour tenir le coup dans cette éternité mortelle.