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Rien, il n’arriva rien. Ou si peu.

Malgré les aspirations romanesques de Charles, qu’avait fait naître dans son adolescence sa lecture des sœurs Brontë, malgré ses visions tragiques, malgré sa prétention à se croire Cassandre, leur bonheur eut la peau coriace. Sa nature inquiète avait prévu, désiré même, des obstacles, le destin qui eut pour eux des bienveillances (mais alors peut-on encore parler de destin ?) le mit en échec. La vie ne lui offrit pas la chance d’être mis à l’épreuve et Erik déjoua le piège que misérablement il tendit.

 

Ah ! Direz-vous, on nous avait promis des mésaventures et des tourments et nous apprenons qu’il n’en sera rien, nous sommes déçus. Le récit comprend votre déception et s’excuse platement du virage qu’il prend ici. Mais que voulez-vous : les personnages parfois résistent aux intentions narratives et ceux-ci, tout entiers à leur amour élaboré et consolidé par le récit lui-même, grands et forts de ce qu’il leur a été précédemment permis, ne cédèrent pas. Au bon vouloir de ceux qui les créent et de ceux qui les regardent, les caractères qui ont leur cohérence propre, ne plient pas toujours facilement.

Mais voyez donc de quoi il en retourne et différez votre jugement…

 

Depuis leur rencontre, Erik ne s’était jamais rendu à Londres. Une fête catholique lui en donna l’occasion. Pour le 1er novembre, Paloma voulut aller à Gènes fleurir la tombe de sa défunte mère. Les trois propriétaires de La Dragée Haute décidèrent donc de fermer leur commerce pour un long week-end. Le jour de la Toussaint n’étant pas férié en Angleterre, Erik profita de ce congé pour traverser la Manche et faire à Charles une surprise. Arrivé en gare de Saint-Pancras par le premier Eurostar, il prit un taxi qui le conduisit à la London Film School. L’école était logée dans un vieux bâtiment en briques rousses du quartier de Covent Garden. Lorsqu’Erik leva les yeux pour admirer la façade, il jugea que l’endroit correspondait tout à fait à Charles, il n’aurait pu l’imaginer travaillant dans un bâtiment moderne, fait de verre et d’acier. Dans le hall d’entrée, il arrêta une étudiante à qui il demanda dans un anglais maladroit où il pouvait trouver Charles Xavier.

 

« Oh ! Vous êtes français ? », s’exclama celle-ci avec enthousiasme.

Erik acquiesça.

« J’adore la France ! Le cinéma français ! Renoir, Marcel Carné, Prévert… Vous êtes réalisateur ?

- Malheureusement non.

- Ah ! Dommage ! Well… Vous vouliez voir qui ?

- Charles Xavier…

- Oh yes ! C’est mon professeur, vous savez ? Il est extraordinaire, extraordinaire ! Tellement passionné ! C’est lui qui m’a fait découvrir votre cinéma, si … comme dîtes-vous ? intellectuel… Son bureau est par là, prenez l’escalier, au deuxième étage, après la salle de réunion. »

Il remercia la jeune fille qui de la main lui fit un petit signe pour lui dire aurevoir. Il s’étonna que dans cet établissement on put entrer comme dans un moulin. Y régnait un climat de confiance et de liberté et personne ne lui demanda qui il était et ce qu’il venait faire. C’était peut-être un des derniers endroits en Europe qui ne fut pas gagné par la suspicion générale.

 

Il trouva facilement le bureau de Charles. Sur la porte, une simple petite plaque indiquait son nom. Il se sentit nerveux et s’inquiéta de savoir s’il n’allait pas déranger Charles dans son travail. Leurs retrouvailles étaient en effet toujours programmées et chacun s’arrangeait pour être disponible. Même à La Dragée Haute, pendant le service d’Erik, Charles faisait désormais partie du décor et les habituées lui claquaient la bise comme à Paloma et Belize. L’initiative d’Erik risquait de perturber leurs habitudes et Charles eût pu en être incommodé. Il avait sans doute des cours à donner, des gens à voir. Par crainte d’être indésirable, Erik regretta de n’avoir pas annoncé sa visite.

 

Il frappa. Personne ne répondit.

 

Ne sachant que faire ni à qui s’adresser, il mit la main sur la poignée.

La porte n’était pas verrouillée. Il jeta un œil, il n’y avait personne. Il hésita puis entra, en laissant derrière lui la porte entrouverte, pour signifier sa présence et ainsi ne pas paraître intrusif. Dans un coin, il posa son sac de voyage. Une gêne le prit, comme s’il venait de franchir une limite sans qu’il n’y fût autorisé. Son malaise était stupide, Charles certainement serait enchanté de le voir. Déjà l’imaginait-il sautant de joie, planifiant ce qu’ils feraient ensemble à Londres.

 

Le bureau de Charles était à son image. Les murs étaient recouverts de livres, tous concernant le cinéma, pour la plupart des essais théoriques et des ouvrages d’histoire mais il y avait aussi des autobiographies de cinéastes et d’acteurs, des publications de scénarios. Entre les rayons de la bibliothèque, étaient suspendues des affiches de films et des photos en noir en blanc. Erik reconnut Jean-Pierre Léaud, Anna Karina, Jean Seberg, Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, Jean-Paul Belmondo jeune dans « Pierrot le Fou », Delphine Seyrig et Jean Marais. Plus que les acteurs, Charles aimait les actrices, auxquelles il s’identifiait facilement. Il disait souvent qu’elles avaient une gamme de jeu plus étendue que les hommes, la vie réelle les confrontant à davantage d’épreuves et qu’il était dommage qu’on ne vît pas plus de grands personnages féminins. « Mais le cinéma est fait par et pour les hommes, ceci explique cela », concluait-il. « Le dernier monstre vivant, ça n’est ni Al Pacino ni Robert de Niro, c’est Meryl Streep et personne ne le dit. What a shame ! ».

Le bureau, meuble fonctionnel sans fioriture ni style, situé au centre de la pièce, était en désordre. S’y entassaient des travaux d’étudiants, ébauches de scénarios ou sujets de mémoire, annotés de la main de Charles. Il n’y avait pas de photo personnelle et seul un foulard bleu clair roulé en boule et oublié sur une pile de manuscrits, qu’Erik avait déjà vu au cou de Charles, mettait dans l’espace de travail une touche intime.

Erik huma l’air : cela sentait le jasmin.

Sous la fenêtre, où s’encadraient le mur de l’immeuble d’en face et le ciel gris, était placé un sofa au tissu élimé, d’un rouge sombre, carmin, à portée de main duquel se tenaient, sur un petit guéridon, une bouilloire, des sachets de thé, une tasse où refroidissait une eau foncée, à peine bue, abandonnée. Parmi les coussins reposait un livre d’entretien avec Billy Wilder, ouvert mais retourné pour ne pas perdre la page où s’était arrêtée la lecture.

Sur les étagères, Erik passa une main légère, effleurant les tranches des livres, traduisant mentalement les titres. Il caressa le dossier du sofa et pensa que Charles chaque jour s’asseyait là , pour lire et réfléchir, les yeux tournés vers l’extérieur, son esprit flottant dans quelque machinerie cérébrale que lui seul pouvait produire. Se profila l’idée d’une suite d’instants, le quotidien et l’intime de Charles, qui lui échappaient.

 

Son malaise le reprit.

 

Dans ce lieu où n’était pas Charles mais qui, par nuances, respirait sa présence, et qu’il découvrait pour la première fois, la joie d’Erik à surprendre l’homme qu’il aimait, se mua en une tristesse sourde, sans éclat, une mélancolie coupable. Il ne se blâma pas de s’être introduit ici sans permission, il se blâma de ne pas y être venu plus tôt. Comment expliquer ce fait inexcusable selon lequel il n’avait jamais exprimé de curiosité à l’égard des endroits où Charles passait plus de temps qu’avec lui-même ? Toutes les quinzaines, Charles venait à Paris puis il repartait. Certes, pendant les périodes d’absence, correspondaient-ils par lettres et textos et, dès son retour, Charles ne se faisait pas prier pour raconter dans les moindres détails ses journées, les échanges avec ses étudiants, les sorties avec sa sœur, sa mère et la propension de celle-ci à critiquer l’immaturité supposée de son fils. Mais jamais Erik n’avait dit « je voudrais venir » et jamais non plus Charles n’avait dit « je voudrais que tu viennes. » Finalement, Erik ne connaissait de Charles que ce qu’il avait voulu en savoir ou que ce que Charles avait bien voulu lui en dire.

 

Charles avait prédit des lâchetés et des trahisons à l’aune desquelles devait se mesurer leur amour. Connaissant le goût de celui-ci pour le mélodrame et le lyrisme et bien qu’il n’adhérât pas à ces mauvaises augures, Erik s’était préparé à des évènements d’envergure, qu’il n’aurait pu manquer. Si Charles attendait de sa part des exploits, il avait été certain de ne pas le décevoir, ayant foi en son courage qui ne lui avait jamais fait faux bond. A l’annonce de toute bataille, il n’avait jamais tourné casaque, il était prêt. Il avait envisagé le pire qui en définitive ne l’effrayait pas, il n’avait pas pensé qu’il serait minable. Car son indifférence à la vie matérielle et quotidienne de Charles, dont jusque-là il n’avait pas eu conscience, était une lâcheté, une faute dont la réalisation subite le mortifia. Charles venait puis repartait et mettait son cœur à nu. Erik se contentait de ces passages et déclarait aimer. Il était pitoyable. Soudain, tout lui parut faux et sa défaillance lui sembla une erreur impardonnable.  Qui était-il pour avoir osé dire avec tant d’aplomb qu’il aimait comme il n’avait jamais aimé ? Qu’avait-il fait pour se vanter d’une telle grandeur ? Rien, il n’avait rien fait : il était prétentieux, égoïste et lâche. Son ébranlement se redoubla quand il vit, comme une certitude, Charles blessé et malheureux, se taisant, acceptant muettement d’être si mal aimé. Charles avait demandé qu’Erik fût moins bon pour que lui fût meilleur. Il avait argué que sur ce sujet il ne lui donnerait pas raison, il n’avait pas vu que depuis le début il avait été mauvais. Son indignité l’écœura, c’était insupportable.

 

Il imagina Charles arrivant, comprenant immédiatement son trouble. Il aurait des mots durs et cruels, qui diraient sa peine et qu’Erik mériterait.

Là, au milieu de cette pièce où il se sentit étranger, une migraine le prit, lui qui n’en avait jamais.

 

Mais Charles l’aimait, c’était indubitable. Il lui pardonnerait. Lui aussi l’aimait. Et même si dorénavant et pour l’éternité, il prenait la décision de se faire modeste pour être absout de ses fautes, il l’aimait. N’était-ce pas un fait incontestable ? N’y avait-il pas à chaque moment de sa vie depuis six mois cette vérité que rien ne pouvait contredire ?

 

 En s’appuyant au bord du bureau par crainte subite de tomber, en calmant son souffle qui s’était accéléré et en forçant son esprit, il convoqua des souvenirs, n’importe quel souvenir qui ne fût pas équivoque.

« Est-ce que je ronfle ? », avait demandé Charles en se réveillant dans le lit d’Erik après leur première nuit. Cette question le préoccupait beaucoup. Il n’avait pas dit « bonjour » ou « hello », il avait demandé avec une certaine anxiété : « est-ce que je ronfle ? ».

« Non, avait répondu Erik en l’attirant contre lui. Et si c’est le cas, cela ne m’a pas dérangé.

- Cette réponse ne me convient pas du tout. Je veux être sûr que je ne ronfle pas. Je veux que dormir avec moi soit un plaisir et pas une gêne. J’ai eu une histoire avec un mec qui…

- C’était qui ?

- Personne. C’était un vrai malotru. A peine mettait-il sa tête sur l’oreiller que j’avais l’impression d’être à côté d’une locomotive. Je lui ai dit. Il n’a rien fait. Je l’ai mis dehors.

- Les bonnes manières se perdent…

- Ne te moque pas ! C’est très important ! »

 

C’était en mai, un lundi matin, et Erik découvrait avec une joie ineffable la force de son sentiment et la grandeur de l’aventure dans laquelle il s’engageait. Contre lui, Charles était nu, odorant et rugueux, sans filtre ni barrière, dans la plus simple expression de son être. Il sentait fort, sa peau était chaude et son corps conciliant. Erik n’avait pas réfléchi longtemps, il l’avait serré plus près.

« Non, tu ne ronfles pas.

- Mais tu viens de dire que…

- Je me suis réveillé cette nuit pour pisser, tu ne ronflais pas et je me suis rendormi sans problème. Pourquoi tu t’inquiètes autant ?

- Je te l’ai dit : je ne veux pas que…

- On va donc de nouveau dormir ensemble ?

- Tu le fais exprès ou réellement tu comprends lentement ? Oui, on va de nouveau dormir ensemble… Tu ne veux pas ? »

 

Il y avait dans sa voix cette couleur dont lui seul était capable : l’éclat de l’arrogance et la pâleur de l’inconfiance.

 

Erik avait glissé dans le lit, suffisamment bas pour que sa bouche parvînt à la hauteur d’une poitrine poilue, aux saveurs capiteuses.

« Si, bien sûr que je veux… Mais pourrait-on régler les problèmes au fur à mesure qu’ils se présentent ? Cette histoire de ronflements ne me semble pas primordiale dans l’instant… J’ai d’autres priorités… »

 

Charles avait gémi, clôturant ainsi une conversation qui manquait d’intérêt.

 

Erik avait continué à glisser. Tout le corps de Charles avait frémi, une vibration approbative qui, pour Erik, avait sonné comme une incitation. Dans ses cheveux, Charles avait mis ses mains en disant :

« En tout cas… Toi… Tu ne ronfles pas… J’ai le sommeil difficile (ce qui s’était révélé vrai par la suite, Charles ayant développé depuis l’enfance quantité de symptômes qui grevaient la qualité de son sommeil : cauchemars, douleurs intempestives, angoisses nocturnes, qu’Erik n’avait pas soulagés mais dont il avait accompagné l’épreuve) … Cela serait très, très embêtant si tu ronflais… parce que pour moi, c’est une condition sine-qua-none d’une… relation… réussie… Et vu que je voudrais vraiment… Avec toi… Ce serait dommage…Que… »

 

Il n’avait plus rien dit.

 

Ensuite, quand Erik était remonté, il avait confirmé :

« Oui, cela serait vraiment très dommage… Qu’est-ce que tu m’as fait ?

- On peut dire qu’accessoirement je t’ai taillé une pipe… »

 

Charles avait fixé Erik en marquant bien sa condescendance pour tant de bêtise. Puis, il avait poursuivi :

« Je ne sens plus mes doigts… Regarde, c’est incroyable, je n’ai plus aucune sensibilité… »

Il avait montré ses mains comme si elles avaient été à cet instant précis la partie la plus importante de son corps. Il avait joui comme un beau diable, son pénis fouettant le palais et la gorge d’Erik sans contenir sa verdeur, et il avait montré ses mains. De ses orgasmes il tirait des émois secondaires, plus fins et moins visibles, qui le réjouissaient davantage que leur cause première. Sous sa direction, Erik avait appris que l’acte sexuel le plus primaire, que les autres circonscrivaient à une plate pornographie, pouvait devenir un acte poétique, grâce auquel il augmentait sa sensitivité. Il était par ailleurs si présent à lui-même qu’aucun bouleversement, aussi infime fût-il, n’échappait à son analyse. Il verbalisait tout.

Ensemble, ils dormaient très bien. La prévenance de Charles était touchante. Parce qu’il avait compris que la soif souvent réveillait Erik, il déposait chaque soir un verre d’eau sur sa table de chevet avant que lui-même ne le fît. Ayant aussi cerné sa légère obsession à l’égard de la propreté, il ne se couchait pas sans avoir passé une main sur le drap-housse du matelas pour le débarrasser des poils et des saletés diverses, le retendant par la même occasion, faisant disparaître les plis, remettant tout en ordre.

 

« J’ai des habitudes de célibataire, s’excusait Erik.

- Mais non, mais non… Tu as raison, c’est mieux quand c’est propre… »

 

La plupart du temps ils dormaient nus, mais quand Erik avait froid, Charles disait : « mets tes pieds sur les miens, je suis ta petite bouillotte… »

Dans le lit, Charles ne faisait pas de bruit (la chose étant entendue que non, il ne ronflait pas). Il ne prenait pas plus de place qu’une petite souris. Gentleman, il n’occupait que son côté et ne tirait jamais la couette. De ses insomnies même, il n’avait pas voulu faire une cause de dérangement. Cette discrétion avait vexé Erik. Une nuit, il l’avait trouvé dans la cuisine, mal installé sur une chaise, qui lisait sous le halo faiblard que le néon de la gazinière projetait dans la pièce.

« Qu’est-ce que tu fais là ? avait demandé Erik en se frottant le visage.

- Je n’arrivais pas à dormir… Je lis…

- Et tu ne me réveilles pas ?

- Pourquoi ? Qu’est-ce que ça change si toi non plus tu ne dors pas ?

- Ça change que je suis avec toi, que tu peux me parler. A moins que tu veuilles être seul. »

 

Charles s’était basculé sur sa chaise. Il était décoiffé et ses yeux étaient plissés de fatigue.

« Je sais faire face, je ne suis pas un enfant…

- Je n’ai pas dit que tu étais un enfant. J’ai juste proposé que…

- Oui, oui, je veux bien parler avec toi.

- Voilà ! Bon, va te recoucher. Je te fais un chocolat chaud. Tu veux un chocolat chaud ?

- Oui, je veux bien un chocolat chaud. »

 

Dans le lit, en tétant le bord de sa tasse (Erik avait regardé ses lèvres et comment, réellement, avec un petit bruit de succion caractéristique, il tétait sa tasse), Charles avait raconté les terreurs nocturnes de son enfance, les terreurs d’un enfant trop sensible, trop intelligent dont le cerveau ne s’apaisait jamais, perpétuellement agité. « Je pensais tout le temps, tout le temps, c’était très fatigant. Je ne comprends pas les personnes qui arrivent à faire le vide… »

A l’écoute des confidences de Charles, Erik avait pensé qu’il aimait passionnément Charles enfant. En Charles il aimait tout, comme une ligne déroulée, le passé, le présent et l’avenir. Si cela eût été possible, il aurait voulu que toute la temporalité de Charles fût condensée en un seul point, toute une vie ramassée en un seul lieu de l’espace-temps sur lequel il eût pu veiller éternellement afin qu’il ne souffrît plus.

Les frayeurs enfantines de Charles s’étaient progressivement transformées en insomnies, moins spectaculaires mais tout aussi dommageables. Il lui arrivait encore, mais heureusement assez rarement, d’être l’objet d’une anxiété envahissante. Posément, Erik avait demandé pourquoi il ne consultait pas. Il avait répondu qu’aucun psychologue ne l’avait jamais aidé, qu’il n’était pas question qu’il s’abrutît avec des molécules prescrites, qu’à l’éteignoir de la paix il préférait la clairvoyance parfois douloureuse de son esprit. « On n’a rien sans rien », disait-il sans résignation, sa vie un perpétuel défi. Ses crises d’angoisse survenaient à la suite de cauchemars qui le laissaient haletant ou d’agrypnies trop longues dont il entretenait le tourment par la peur de ne jamais plus dormir. Alors il tremblait, il avait des sueurs froides, il se précipitait aux toilettes, sous la vindicte de crampes d’estomac qui lui tordaient les tripes. Une fois la chasse d’eau tirée, Erik le récupérait sans force, calmé cependant, et il le tenait contre lui, en attendant patiemment qu’il s’endormît.

« Je n’ai aucune dignité, se lamentait Charles.

- Tu es la chose la plus merveilleuse qu’il soit alors tais-toi, s’il te plaît, tu me ferais plaisir. »

 

Il était si fragile ! Ô dieu, si fragile ! D’une fragilité si estimable et précieuse qu’elle étourdissait Erik et le soumettait. Mais pourquoi, connaissant les douleurs récurrentes de Charles, Erik n’avait-il pas fait le vœu de devenir un soutien permanent ? Comment avait-il pu, sans plus y réfléchir, ne pas tout abandonner pour le suivre ? Contrairement à tout amant qui se respectât, il l’avait laissé dans une solitude atroce endurer ses peines. Et dire que parfois il avait à Charles donné des leçons de courage et d’éthique ! Le souvenir, plus qu’un réconfort, fut la preuve de son incompétence. Mais la culpabilité qui l’accablait fut, en creux, la démonstration de son amour. S’il n’eût pas tant aimé alors il n’eût pas tant souffert de se voir détestable. Son martyre présent qui n’était, tout bien considéré, qu’une blessure narcissique, le convainquit.

 

Ne lui restait plus qu’à avouer ses torts et à quémander une miséricorde que Charles, trop bon, lui accorderait.

 

Du couloir lui parvint le bruit d’une conversation. Il reconnut la voix de Charles. Nerveusement, il se tordit les mains. Allons ! L’humiliation n’était rien face à la possibilité de tout perdre. Confesser ses fautes était moindre que ce qu’avait affronté Charles !

Les voix se firent plus précises.

Erik se prépara.

Bientôt, elles furent derrière la porte. Charles semblait fatigué, son interlocuteur devait l’épuiser. Il avait tout l’air du type imbu de lui-même, à qui l’on ne refusait rien. A son accent, il était américain. Dans d’autres circonstances, Erik aurait poussé la porte et, sans plus de manière, il aurait bousculé l’importun. Il se retint, il n’avait aucun droit.

Doucement, la porte s’ouvrit. Dans l’entrebâillement s’encadra Charles avec l’intention d’entrer. Il aperçut Erik. Sur son visage se peignit l’étonnement, ses yeux et sa bouche arrondis. Néanmoins, il ne dit rien. Il recula et laissa la porte entrouverte. Erik ne sut que faire, statique au milieu de la pièce.

La conversation reprit.

« Well, Mr Fletcher, I get your offer. I’ll take some time to think about it.

- Really, Mr Xavier, you can be assured we would delighted to work with you. We need a fresh perspective on the topic and you are famous for your great knowledge of that . Like updating it a bit, you see… But tell me : you are not one of them? »

Malgré sa méconnaissance de la langue anglaise, Erik comprit la question. Instinctivement, il fit un pas en avant. Contre la souillure de l’accusation, il ne concevait qu’une seule réaction : la révolte. Mais à la liste des crimes dont lui-même s’accusait, il voulut masochistement ajouter la veulerie : il ne fit rien. Il abandonna Charles. Il sut que ce dernier, derrière la porte, saisirait sa lâcheté. Ainsi ses torts que la trop grande bonté de Charles aurait diminués, ne pourraient être ignorés.

Charles reprit :

« Why that question ? Would it be a problem if I were ?

- No ! Really ! Don’t be mistaken ! I have nothing against these people… But I heard some rumours… clearly unfounded surely… But I do think that in the film industry nowadays there are a bit too many of them… How they insist on men embracing their feminity and all that jazz and how we should portray them more vulnerable… I’d rather say we need a comeback to the real values, you see what I mean ? A bit more virility, bravery, fortitude… »

Charles ne répondit pas immédiatement. Puis, avec une voix d’outre-tombe, comme s’il pesait chacun de ses mots, il dit :

« No, I’m not.

- About time ! I’m sure you and I will be great friends ! Give it a good think, I’m sure you won’t see anything you can’t accept in your offer ! »

 

Erik entendit la main qui s’abattit virilement sur les omoplates de Charles. Tout ceci était un calvaire.

L’américain partit.

Le temps se figea, pendant lequel Erik vit s’ordonner la série de ses forfaitures et se décider son châtiment.

Enfin, Charles entra.

 

Il était blême. Rien ne changeait.

Pur, il n’évita pas le conflit moral qui les tourmentait.

« Je ne t’attendais pas… », dit-il (sa voix ferme malgré des contours cassants).

« Je le vois bien mais ce n’est pas la première fois que je manque à tous mes engagements…

- Quels engagements ? », interrogea Charles durement.

Oh ! Erik avait prévu des cris et des larmes, des effusions sentimentales et des lamentations. Il n’avait pas prévu d’être mis à la question. Mais si Charles optait pour la cruauté, il ne se débattrait pas.

Au bord du bureau, il posa sa main. Ce fut un appui insuffisant à l’aveu de son parjure.

« Et bien… ceux que j’ai faits de te servir et de te protéger… »

 

Charles le regarda avec effroi et consternation, comme s’il venait d’énoncer la plus infâmante des calomnies.

 

« Me servir et me protéger ? Tu tiens donc à m’infliger davantage de mal que je n’en subis déjà !

- Non ! Je suis désolé… »

 

Charles vacilla. Il avait au visage la pâleur sublime des saints qui s’engagent docilement vers l’arène.

Tout à son sacrifice, il s’emporta. Il jeta les bras au ciel et s’avança dans la pièce.

 

« Tu es désolé ? Je ne veux pas que tu sois désolé…

- Tu as raison. Ce n’est pas suffisant… »

 

Charles ne l’écoutait pas. Sur lui-même, il vrilla, allant et venant, du sofa à la porte, mettant ses mains dans ses cheveux, en proie à des douleurs internes qui le lancinaient.

« Non, non, je ne veux pas que tu sois désolé ! Me protéger et me servir, dis-tu ? Mais qu’ai-je fait pour mériter encore ta cruelle tendresse ? … Je veux qu’avec moi tu fasses ce qu’habituellement tu fais avec les autres ! … Pourquoi n’aurais-je pas droit à la même intransigeance ? Ta trop grande bonté t’aveugle, Erik … mais tu ne dédaigneras pas si facilement mes fautes… »

 

Stupéfait, Erik ne comprit pas que dans le prétoire le juge devint l’accusé.

 

« Mais de quoi parles-tu ? »

Charles s’arrêta. Il était au bord d’une incompréhensible expiation. Erik craignit qu’il s’évanouît.

 

« Faut-il donc que ton amour soit si grand qu’il en devienne méchant ? Je n’aurais pas la faiblesse de passer sous silence l’erreur que je viens de commettre… Erik… Ne m’oblige pas, je t’en supplie… »

Abasourdi, Erik remua la tête. Tous ces discours n’avaient aucun sens.

 

« Je ne comprends pas un traître mot de ce que tu dis. »

De quoi Charles s’accusait-il ? N’était-il pas ici la seule victime des manquements d’Erik et de son égoïsme ?

Avec effarement, Charles le regarda. Le rouge de la honte lui monta aux joues.

« N’as-tu pas entendu la conversation que je viens d’avoir avec cet américain ?

- Si.

- Oh mon dieu ! Tu ne l’as pas comprise… J’aurais dû me souvenir que tu es si mauvais en anglais…

- Si, je l’ai comprise mais je ne vois pas ce qui…

- Tu l’as comprise ?

- Oui… Mais Charles, écoute…

- Alors, si tu l’as comprise, pourquoi me faire croire que tu ne me méprises pas ?

- Pourquoi devrais-je te mépriser ? »

 

Désespéré, Charles s’effondra dans le sofa.

« Je viens de renier mon homosexualité. Là, es-tu content ? »

Il poussa un long soupir. Sa faute, exposée au grand jour, le soulagea.

 

Ainsi donc, en l’endroit où Erik avait signé son abandon, Charles croyait avoir commis un méfait.

 

Erik doucement s’approcha.

« Je m’en fiche… »

 

Charles releva les yeux. Il était clair que lui ne comprenait rien.

 

« Tu t’en fiches ? Mais comment peux-tu…

- Je m’en fiche, je te dis… »

 

Devant Charles, Erik se tint. Vers lui se tendit ce regard où se lisait la confusion. Rien ne tournait droit.

 

« Je voudrais m’agenouiller devant toi… Est-ce que tu m’autorises à m’agenouiller devant toi ? », demanda Erik.

 

Muet, Charles donna son autorisation d’un fragile mouvement de tête.

Erik s’agenouilla. Vers lui, désormais le regard de Charles s’abaissait. C’était mieux.

 

« M’autoriserais-tu aussi à mettre ma tête sur tes genoux ?

- Je ne comprends pas…

- M’autorises-tu ?

- Oui. »

Sur les genoux serrés de Charles, Erik mit sa tête. Entre les deux articulations, sa joue se logea. Contre sa tempe, il y avait la mollesse et la chaleur des cuisses. De ses deux mains, inactives, il ne fit rien. Elles se nouèrent dans son dos.

Au-dessus de lui, une main indécise plana. Téméraire, elle se posa dans ses cheveux. Calmement, Erik respira. Il attendit que le souffle de Charles, saccadé et hésitant, s’accorda au sien.

« Vas-tu parler ? C’est insoutenable…

- Je t’aime.

- Je sais ça… C’est bien ce que je te reproche.

- Tant pis pour toi… Je voudrais que juste un instant tu te taises et que tu m’écoutes. Est-ce que tu crois que c’est possible ?

- Oui. » (Il y eut dans sa voix le fantôme d’un sourire qui encouragea Erik)

 

Dans le bureau, il faisait sombre. Aucune lampe n’était allumée. Le ciel de novembre, gris comme un couvercle de cendres, ne laissait percer le soleil. On n’aurait su dire si on était le matin ou le soir. On n’entendit des allées et venues dans le couloir, tout un brouhaha d’étudiants qui passaient.

 

Erik attendit que le silence se fit.

Des portes claquèrent, des cours reprirent.

 

Enfin, il dit :

« Tu l’as fait exprès.

- Quoi ?

- Ce que tu as répondu à cet américain… Tu savais que je l’entendrais, tu l’as fait exprès.

- Mais comment peux-tu ?

- Ne nie pas. »

 

Dans les cheveux d’Erik, la main passa, légère, acquiescement tacite de Charles.

« Je te connais, Charles… Tu es si convaincu de ne pas me mériter, tu as tant voulu des déchirements et des drames que, ne les voyant pas venir, tu les as créés de toi-même.

- Tu exagères ! »

 

Erik releva la tête. Il dénoua ses mains et enroula ses bras autour de la taille de Charles.

 

« Ose dire que c’est faux… »

 

Charles le regarda sans ciller. Il y avait dans ses yeux écarquillés l’audacieux aveu de sa mise en scène dévoilée.

 

« Je suis un si mauvais comédien ?

- Pas tant que ça, non… mais laisse-moi continuer… »

Du menton, Charles l’invita à reposer sa tête. Erik ne se fit pas prier.

 

« Tu as tant voulu croire, mon trésor, que tu n’étais pas digne de moi que tu n’as pas vu que je t’abandonnais…

- Comment ? Non, Erik, non… », se révolta Charles.

 

Vivement, il l’enlaça, se courbant sur lui, mettant sa bouche dans ses cheveux pour l’embrasser. Sous les baisers, comme des absolutions, Erik soupira.

 

« Si si… laisse-moi dire encore…

- Non, Erik, je ne veux pas… », se récria Charles.

 

Follement, Charles répéta ses caresses. Erik le laissa faire, attendant qu’il fût calmé.

« Es-tu tranquille maintenant ?

- Oui mais Erik, je ne veux pas entendre…

- Et pourtant, tu vas le faire. »

 

Charles se résigna. Cependant, il prévint :

« Bon, s’il le faut… Mais sache que je ne croirai pas un mot qui sortira de ta bouche. »

Erik resserra sa prise autour de la taille de Charles. Après une longue expiration, il avoua :

« Connaissant tes fragilités, je t’ai laissé repartir seul chaque dimanche pour les affronter. J’aurais dû te suivre, je ne l’ai pas fait.

- Je le faisais déjà avant te connaître, répondit Charles froidement, avec un certain orgueil.

- Certes mais quel intérêt y a-t-il d’avoir un amoureux si rien ne change ?

- Je ne t’aime pas pour combler ma solitude.

- Et moi je t’aime pour que tu ne sois plus seul… »

 

Charles réfléchit. Son abdication fut longue à venir. Erik comprit qu’il délibérait avec lui-même.

« Que comptes-tu faire alors ? »

 

La décision d’Erik était prise. Il l’annonça.

« Je vais parler à Paloma et Belize, elles comprendront. Je vais venir m’installer ici avec toi, je ne te quitterai plus. Trouver un emploi quelconque, peu importe…

- Tu ne parles pas un mot d’anglais.

- J’apprendrai. »

Alors Charles prit la tête d’Erik entre ses mains. Il le força à se relever. Il souriait. Erik crut qu’il se moquait de lui.

« Ton sacrifice ne sera pas nécessaire, mon amour.

- Mais puisque je te dis que c’est tout réfléchi…

- Peux-tu à ton tour m’écouter ? »

 

Erik baissa les yeux.

 

« Bien, reprit Charles presque joyeux. C’est moi qui vais venir à Paris… »

 

Horrifié, Erik le regarda. Il n’était pas acceptable qu’encore une fois, Charles s’attribua toutes les médailles. Mais Charles mit un doigt sur sa bouche et dit :

« Le laboratoire des Etudes Cinématographiques de la Sorbonne me propose un poste, six mois renouvelables…

- Quand ?

- Dès le semestre prochain. Je ne peux pas refuser, c’est une sacrée opportunité. Je comptais te faire la surprise mais vu que tu es devenu fou…

- Et ta sœur ? Ta mère ? »

 

La nouvelle était trop énorme pour qu’Erik y crut.

« Raven part bientôt à Washington : elle va remplacer l’envoyé permanent du Guardian à la Maison Blanche, il prend sa retraite, c’est un vieux crouton qui ne fait que de l’entregent. Elle va secouer tout ça…

- Elle va assassiner Trump.

- Sans doute… Nous fomenterons son évasion ! »

Ils retrouvèrent leur complicité. Ils s’envolèrent. L’ange avait des ailes qui recouvraient le monde.

Mais encore :

« Et ta mère ? »

Charles haussa une épaule.

« Ma mère, ma mère… Je crois que cela ne lui fera pas de mal de mettre un peu de distance entre nous. Elle verra ainsi que je compte un peu plus… »

Tout se résolvait parce que Charles l’avait décidé.

Erik remit sa tête sur ses genoux. Charles pensivement le caressa.

 

« Sans t’offenser, tu te comportes quand même comme une vraie drama-queen, taquina Erik.

- Et toi donc ! Ça te déplaît ?

- Je ne t’aimerais pas tant si tu l’étais moins…

- Alors ! Pourvu que ça te plaise… Je forcerai mon jeu…

- Non, comme ça, c’est bien… »

Charles éclata de rire.

Erik se releva. Il voulut l’embrasser. D’un regard, il demanda.

Charles dit : « Tu es un idiot ! », en se laissant aller dans le sofa. Le livre tomba, la page se perdit.

Appuyant ses mains au dossier carmin, Erik se pencha.

 

« Est-ce qu’on a le droit de fricoter avec les professeurs ici ?

- Tant que tu n’es pas un étudiant… »

Ils s’embrassèrent. Charles soupira. Il tendit le cou, sa tête à la renverse au point que son crâne touchât le rebord de la fenêtre. Autour de la nuque d’Erik, il enroula ses bras.

Le baiser dura. Sans quitter les lèvres de Charles, Erik s’installa sur ses genoux.

« C’est fou cette habitude que tu as prise de toujours te coller à moi.

- Tu peux parler… »

 

Innocemment, on défit quelques boutons, on extirpa quelques pans de chemises.

« On pourrait nous surprendre…

- On pourrait…

- Ta réputation serait détruite, ce n’est pas sérieux, je ne veux pas salir ton honneur…

- Si tu pouvais juste ne pas trop froisser ma chemise, j’ai un cours dans une heure…

- Alors il serait préférable que tu l’enlèves…

- Il est fortement déconseillé aux enseignants d’être vus nus...

- Ah ? Je vais faire un effort. »

On toqua.

Comme des enfants pris la main dans le pot de confiture, ils se figèrent.

Charles fut pris d’un fou rire. Entre deux éclats, il tonna :

« Come back later ! I’m busy ! »

 

Ce rappel à l’ordre les assagit. Erik se mit debout. Toujours affalé dans le sofa, Charles réajusta sa chemise.

Pour se donner une contenance, Erik s’approcha de la bibliothèque.

 

« Je suis impressionné, tu as lu beaucoup de livres.

- Ça t’étonne ?

- Non.»

Charles, assis en tailleur, le regardait. Il souriait. Son bonheur, comme une victoire gagnée sur leurs déboires ridicules, réjouit Erik.

 

« On est deux imbéciles, c’est ça ? fit remarquer celui-ci.

- Surtout toi.

- … Dit la diva… »

 

D’un bond, Charles se mit sur ses pieds.

« Je vais te donner les clés de mon appartement. Tu connais l’adresse. Tu sauras te débrouiller ?

- J’ai voyagé avant que tu naisses. »

 

Farfouillant dans ses tiroirs, Charles lui lança un regard noir.

« Ah ! Les voilà ! Tu vas aller m’attendre… Bois une bière, il y a un pub très bien à l’angle de la rue… Je finis à quatorze heures, je te rejoindrai. »

 

Revenant vers Erik, il lui tendit les clés. Erik les prit et, le voyant si près, il l’enlaça.

Ses peurs étaient passées. Il avait tant craint, il n’eût pas cru s’en tirer si bien.

Charles conciliant se campa dans son étreinte.

Erik le respira.

« Tu as eu si peur ? murmura Charles.

- Oui.»

 

Il ne voulut pas le lâcher. Charles ne résista pas.

 

Cependant, dit Charles, car toujours des idées occupaient son esprit :

« As-tu déjà remarqué que dans les histoires d’amour gay, au cinéma ou ailleurs, il faut toujours que nous soyons très malheureux ou même que nous mourrions ?

- Je ne sais pas… oui… pourquoi penses-tu à ça ?

- Nous, nous ne serons pas malheureux.

- Non.

- Mais nous ne nous ennuierons pas non plus…

- Non plus… Tant que tu continueras d’être ce que tu es…

- Il n’est pas question que je m’ennuie.

- Tu ne t’ennuierais pas. J’y veillerai. »

Par-dessus l’épaule d’Erik, Charles eut un sourire.

Et croyez-le ou non, il eut aussi un regard caméra…