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Toshiya était parti et Yoshiatsu avait pris sa place. Nouveau patron, nouvelle personnalité, nouvelles exigences. Si la plupart des employés s’en accommodaient tant bien que mal, Hakuei était sans doute celui dont la vie avait été la plus bouleversée. En effet le jeune patron lui avait réservé un traitement à la hauteur de ce qui avait pu se passer entre eux cinq ans plus tôt. D’ailleurs, même s’il lui disait qu’il ne lui en tenait pas rigueur, Hakuei savait que cette humiliation l’avait marqué à vie et avait fait de Yoshi ce qu’il était aujourd’hui. C’était sans doute pour cette raison que le roux ne disait rien et qu’il subissait sans se plaindre de sa nouvelle vie.  

 

Hakuei n’avait plus ni appartement, ni réel emploi. Il vivait reclus dans le penthouse de son cadet et n’était pas autorisé à en sortir sans lui. Yoshiatsu avait d’ailleurs installé son bureau dans son appartement afin de pouvoir avoir sous la main son animal de compagnie et c’était ce que Hakuei était devenu. Pour que le roux n’oublie jamais son nouveau statut, Yoshi lui avait même acheté un collier ainsi qu’une laisse avec laquelle il le promenait lorsqu’ils devaient quitter la maison. L’ancien hôte ne disait jamais rien. Il affichait continuellement un sourire serein et ne se plaignait jamais, ni des mauvais traitements de Yoshi ni même de sa nouvelle vie. Et lorsqu’il lui arrivait encore de se tromper ou de déplaire involontairement au brun, il se laisser battre sans jamais chercher à se protéger ou riposter. C’était Yoshi qui commandait et quelque part le roux savait qu’il méritait ce qui lui arrivait.

 

La vie dans les différents clubs autrefois administrés par Toshiya avaient repris son court sans que personne n’ose affronter le patron. Si Hakuei ne disait jamais rien, si tous faisaient semblant de ne rien voir, Kaoru ne pouvait pas fermer les yeux pour la simple raison que le roux était son ami et qu’il était celui qui lui avait tendu la main à l’époque où sa vie partait en vrille.

 

*

 

Kaoru était parti de chez lui à l’âge de seize ans. Il avait claqué la porte du domicile familiale sans adresser le moindre regard à ces gens qui étaient sensé être ses parents qui l’avaient renié pour ce qu’il était, un punk inutile mais aussi et surtout un sale petit pédé qui déshonorait leur famille en trainant leur nom dans la boue. Chaque fois qu’il y pensait, un sourire amer se dessinait sur ses lèvres. Son père était quand même un sacré hypocrite pour le traiter de la sorte, lui qui s’était si souvent invité dans sa chambre pour le caresser en pleine nuit… Finalement, le patriarche l’avait plutôt jeté à la rue parce que le jeune homme s’était rebellé contre ses attouchements.

 

Kaoru avait passé trois jours dans la rue, sans argent et sans savoir quoi faire de sa misérable existence ni même s’il survivrait à l’hiver. Il avait beau décliner les propositions de tous ces vieux pervers qui l’accostaient, au final il savait qu’il craquerait tôt ou tard, soit à cause de la faim, soit à cause de la fatigue. Ce n’était qu’une question de temps et plus il s’écoulait, plus sa volonté s’effritait…

 

Leur rencontre avait eu lieu le matin de son quatrième jour de liberté. Une liberté qui avait un prix bien trop exorbitant pour le jeune homme qui finissait par se demander s’il ne ferait pas mieux de rentrer chez lui tout en sachant que son père pédophile et incestueux finirait par lui demander plus qu’une fellation pour oublier sa rébellion. Kaoru y pensait tout en écoutant distraitement les propositions d’un quadragénaire qui n’avait sans doute qu’une idée en tête, le salir de la pire des façons. Qu’est-ce qui était pire ? Se faire baiser par son père ou bien par ce vieux porc ? Le jeune homme se posait réellement la question alors que la faim et la fatigue commençaient à avoir raison de lui. Et puis, il était arrivé. Il avait posé une main sur son épaule et s’était écrié :

- Te voilà enfin ! Tu sais que je t’ai cherché partout ?

Le vieux pervers n’avait pas insisté et s’était éloigné d’eux sans demander son reste, visiblement incapable de rivaliser avec ce beau jeune homme. Kaoru ne se souvenait pas vraiment de ce qui s’était passé ensuite. Il ne souvenait simplement du sourire du roux qui à l’époque était plutôt blond et puis plus rien. Il s’était sans doute écroulé de fatigue et de faim dans ses bras.

 

*

 

Kaoru observait le petit manège qui se déroulait dans la sale principale du club. Hakuei se tenait derrière Yoshiatsu qui discutait avec le manager. Un léger sourire était dessiné sur les lèvres du roux qui comme à son habitude était impeccable. Aucun faux pli, maquillage et chevelure parfaite… Il n’y avait finalement que cette laisse qui jurait avec le reste et Yoshiatsu semblait prendre un malin plaisir à exposer aux yeux de tous son trophée.

 

Le jeune homme aux cheveux mauves ferma douloureusement les yeux et tenta de se concentrer sur ses comptes. Il était en colère mais il se retenait par égare pour son ami. Et pourtant, dieu seul savait à quel point Yoshi aurait mérité une correction pour la manière dont il traitait l’ancien hôte. Hakuei avait peut-être commis des erreurs mais il ne méritait pas une telle punition. Après tout, il était son sauveur et Kaoru lui devait tellement ! Hakuei ne lui avait pas seulement offert un toit, il l’avait aidé à trouver ce travail. Il était finalement plus qu’un ami, il était comme un frère et le voir dépérir de cette façon donnait au barman de douloureux pincement au cœur. 

 

Yoshi s’approcha du comptoir et Kaoru sentit son estomac se nouer un peu plus douloureusement. Il devait sans cesse se répéter que mettre un coup de poing en pleine figure de ce sale mioche n’aiderait pas son ami et pourtant, il était persuadé que cela lui ferait au moins du bien.

- Kaoru, commença son jeune patron en lui adressant son plus beau sourire. Je te laisse mon chien un moment. Il faut que je règle certaine chose dans le bureau de direction.

Le jeune homme aux cheveux mauves releva lentement les yeux de son livre de compte et les posa sur son patron qui lui tendait la laisse de Hakuei. Le visage de ce dernier semblait serein comme s’il était totalement imperméable à toutes ces humiliations.

- Kaoru, je te parle, fit froidement le brun.

Hakuei adressa un regard suppliant à son ami comme pour lui faire comprendre de ne surtout pas contrarier leur patron. Le barman se fit violence pour ne pas l’envoyer balader et lui adressa même son sourire le plus hypocrite lorsqu’il prit laisse en acquiesçant. Satisfait, Yoshi tourna les talons et alla s’enfermer dans le bureau avec le manager qui devait lui faire signer un certain nombre de document.

- Hakuei…, murmura Kaoru d’une voix étranglée alors que sa main se resserrer sur la laisse et que ses yeux devenaient humides.

Le roux referma ses mains sur la sienne et la serra doucement tout en lui souriant tendrement.

- Tout ira bien Kaoru, répondit l’ancien hôte.

- Non.

- Mais si tu verras.

- Je… je vais trouver le numéro de Toshiya et…

- Et tu ne feras rien, coupa Hakuei en lui adressant un regard lourd de reproche. Toshiya ne peut rien faire et il n’y a de toute façon rien à faire. Je lui ai causé suffisamment d’ennuie comme ça. Ne le mêle pas à ça.

- Alors je fais quoi ?

- Ton boulot.

- Et toi ?

- Je vais bien mon ami. Ne t’en fais pas, répondit-il en lui adressant son plus beau sourire.

- Putain Hakuei ! Depuis le temps, je connais tes mensonges par cœur. Tu peux mentir à la terre entière mais pas à moi.

Le roux se contenta d’acquiescer. Que pouvait-il répondre à ça ? Depuis qu’il travaillait ici, Kaoru l’avait vu évoluer dans l’univers des hôtes, il l’avait vu si souvent mentir aux clients ou bien jouer la comédie qu’il était désormais impossible de le duper. Hakuei le savait, aussi ne chercha-t-il pas à lui mentir davantage.

- Merci pour tout Kaoru et surtout merci d’être encore mon ami.

Le barman voulut lui répondre mais Yoshi quitta le bureau de direction et appela à lui son animal de compagnie. Hakuei s’inclina respectueusement devant son ami puis rejoignit son maitre. Yoshi regarda à peine le barman. Kaoru n’était qu’un employé parmi d’autres cependant lorsqu’ils furent dans la voiture, le jeune homme brun tira fermement sur la laisse de son chien qui retint un petit gémissement de douleur en sentant le collier l’étrangler. Yoshiatsu l’obligea à se rapprocher de lui jusqu’à ce que leurs visages soient si proches que leurs souffles pouvaient se mêler. Ils auraient pu s’embrasser mais ils ne faisaient pas ce genre de chose. Yoshi avait horreur que Hakuei pose ses mains ou ses lèvres sur lui. Il le trouvait sale, répugnant et détestable…

- Vous avez parlé de quoi ? Demanda froidement le brun.

- De rien.

Yoshi retint un petit rire méprisant avant de l’attraper par les cheveux en s’écriant :

- Ne me mens pas !

- Je ne te mens pas… Je… nous avons juste échangé des banalités.

Son patron n’en était pas vraiment convaincu cependant il consentit à y croire. Lentement, Yoshi relâcha la pression sur ses cheveux avant de glisser ses doigts derrière sa nuque pour l’inciter à venir s’occuper de son entrejambe. Hakuei l’avait mis de mauvaise humeur mais paradoxalement, ça l’avait également excité et il ne pouvait raisonnablement pas se présenter dans cet état à son prochain rendez-vous.

- Dépêche toi, je n’ai pas toute la journée.

Impatient, le jeune homme appuya un peu plus sur la tête de son ainé pour l’obliger à avaler plus profondément sa verge tendue, sans se soucier de savoir s’il s’étouffait avec ou pas. Seul son plaisir égoïste comptait. De toute façon Hakuei n’avait d’autre but que de le satisfaire. Il était sa chose, sa créature et il pouvait faire ce qu’il voulait de lui.

 

La voiture s’arrêta une dizaine de minute plus tard et Yoshiatsu en sortit. Il avait pris le temps de se rhabiller correctement après avoir terminé sa petite affaire. Quant à son chien qui était à présent décoiffé, il n’aurait qu’à attendre son retour dans la voiture, comme n’importe quel autre cabot. Après tout, les chiens ne sont généralement pas autorisés dans les restaurants et après ce qui s’était passé au club, Yoshiatsu n’était pas certain que le sien soit capable de se tenir.

- Si tu es sage, je te rapporterais peut-être à manger, lança le jeune homme en s’éloignant de sa limousine.

Hakuei le suivit du regard tout en lui adressant ce sourire de façade qui l’accompagnait partout et qui masquait au monde ses sentiments les plus profonds. Même lorsqu’il se retrouva seul dans la voiture et que Yoshi n’était plus dans les parages, il ne le perdit pas. Un masque se devait d’être porté en toute circonstance. Le retirer, c’était prendre le risque de ne jamais pouvoir le remettre.

 

*

 

L’histoire était triste, comme toutes celles qu’il avait l’habitude d’écrire. Kyo ne savait pas faire autrement. Chaque fois qu’il prenait sa plume, chaque fois qu’il couchait les mots sur le papier, sa prose se teintait de mélancolie et même lorsqu’il décidait d’une fin heureuse, elle ne l’était jamais complètement.

Le jeune homme tendit son manuscrit à son vis-à-vis. C’était la dernière version de ce roman aux allures de biographie qui l’avait tenu tellement à cœur. L’homme qui lui faisait face parcourut rapidement les premières pages qu’il connaissait déjà par cœur, passant directement à la fin de cette histoire qui était aussi la sienne.

Le petit blond attendit avec patience que le véritable propriétaire de cette histoire qu’il s’était contenté d’écrire, lui donne son verdict. Il porta sa tasse de thé à ses lèvres tout en fixant cet homme qui le temps d’un manuscrit était devenu le héros d’une de ses histoires. Quoique pour Kyo, cette histoire n’était pas l’une des siennes.

- Que leur arrive-t-ils ensuite ?

Kyo baissa les yeux sur le manuscrit que l’homme avait refermé. Lorsqu’il l’avait questionné, le petit blond avait pu entendre sa voix trembler légèrement d’émotion.

- Vous ne me l’avez pas dit, répondit l’écrivain. Qu’arrive-t-il donc à ce jeune couple ?

- Je ne sais pas…

- Vous n’avez donc pas imaginé la fin de votre histoire ?

Un sourire se dessina sur les lèvres du brun qui fixa le manuscrit sous le regard attentif du petit blond.

- Je ne suis pas écrivain. Je vous ai juste raconté une histoire et…

- Je l’ai écrite pour vous, maintenant dîtes-moi ce qui arrive à Haku ? Retrouve-t-il l’homme qu’il aime ?

Le brun se pinça les lèvres alors que son visage se crispait sous l’émotion. Cette histoire qu’il lui avait raconté, ce n’était pas une fiction. C’était la sienne. L’histoire de sa vie. C’était la romance qu’il avait vécu il y a si longtemps avec un beau jeune homme qui ressemblait étrangement à Haku, l’un des héros de cette fiction.

- Il s’en va, répondit finalement l’homme aux cheveux bruns.

- Il s’en va ?

- Il va rencontrer le diable et accepte de lui vendre son âme contre de l’argent.

- Et que fait le héros de notre histoire ? Demanda Kyo.

- Rien. Il le laisse partir.

Le brun ferma douloureusement les yeux. Cette histoire était la sienne. Kyo le savait. Il l’avait compris dès l’instant où il le lui avait raconté. C’est en connaissance de cause qu’il avait décidé de l’écrire. Il s’était dit que cela aiderait cet homme à tourner la page, à faire le deuil de son amour perdu mais il s’était trompé. La blessure ne s’était jamais refermée malgré les années.

- Mon histoire est terminée. Que voulez-vous que je fasse avec ? Demanda le petit blond.

- C’est la votre maintenant.

Le brun interpela le serveur pour lui demander l’addition.

- Je vais l’envoyer à mon éditeur, déclara Kyo.

- Faites donc. Vous avez beaucoup de talent.

- Je pense lui écrire une suite.

Le brun qui s’était levé pour sortir son portefeuille releva lentement les yeux vers lui et le fixa sans rien dire.

- Croyez-moi mes lecteurs voudront savoir ce que devient Haku et s’il retrouve un jour l’amour de sa vie.

- Si vous voulez mon avis, il l’oubliera bien vite dans les bras d’un jeune et riche yakuza.

- Vous voyez, vous avez déjà réfléchit à la suite de votre histoire.

Le brun ne répondit pas mais son regard le fit à sa place. Il paya leurs consommations, serra la main de l’écrivain qui lui tendit son manuscrit.

- Cet exemplaire est pour vous. Gardez-le.

Le brun hésita puis le pris avec lui, il salua le petit blond et s’en alla. Kyo le suivit du regard, se disant que c’était toujours aussi étrange de rencontrer le héros d’une de ses histoires.

 

Son téléphone portable sonna alors qu’il rassemblait ses affaires. Un sourire éclaira son visage lorsqu’il vit le nom de son tendre amour s’afficher sur l’écran.

- J’ai pris ma soirée. Est-ce qu’on peut se voir ?

- Toujours, répondit Kyo. Chez moi ou chez toi ?

- Chez toi.

- J’y serais dans une vingtaine de minutes.

- Merci.

La voix de son chéri s’était étranglée à l’autre bout du fil et Kyo sut qu’il aurait bientôt un nouveau chapitre à écrire.

 

*

 

Kaoru l’attendait en bas de son immeuble. Il avait pourtant la clé de son appartement mais le brun avait préféré l’attendre là. Kyo lui trouvait une petite mine. Il n’aimait pas le voir si soucieux pourtant il ne lui posa pas la moindre question. Il se contenta de presser chastement ses lèvres contre les siennes avant de lui prendre la main pour le guider à l’étage. Les deux hommes gardèrent le silence jusqu’à ce qu’ils soient installés dans le trois pièces de l’écrivain.

- Je te sers un thé ?

Kaoru acquiesça et Kyo passa dans la cuisine après avoir retiré sa veste. L’homme aux cheveux mauves l’y suivit sans rien dire. Il resta dans l’encadrement de la porte et le regarda préparer du thé. Alors que l’eau était en train de chauffer, Kaoru se décida à s’approcher de lui. Il referma ses bras sur cet homme qu’il aimait tant et nicha son visage dans le creux de son cou. Kyo qui était de dos ferma simplement les yeux, profitant de la chaleur de son petit-ami qui l’enveloppait. Il réalisa alors à quel point il était heureux contrairement aux personnages des histoires qu’il mettait en scène. Il repensa alors à Haku et à cet homme qu’il avait rencontré plus tôt. Ils s’étaient aimés si fort… si longtemps mais la vie les avait séparés… Qu’était devenu Haku ? Seul Kaoru le savait.

- Tu as une nouvelle histoire à me raconter ? Demanda le blond lorsque son compagnon se détacha de lui.

- Peut-être un nouvel épisode pour le roman que tu écris.

Kyo acquiesça et commença à les servir. Ils passèrent ensuite dans le salon avec leurs mugs de thé, s’asseyant côte à côte dans le canapé.

- Raconte-moi, souffla le blond.

Kaoru acquiesça avant de commencer son histoire, celle de sa journée, celle dans laquelle les surnoms remplaçaient les vrais noms, celle qui allait servir à nourrir l’imagination du blond pour la suite des aventures de Haku.

 

- Tu restes ici cette nuit ?

Kaoru lui fit un oui de la tête avant de poser son mug vite sur la table basse pour se blottir contre son chéri. Il n’avait pas beaucoup travaillé mais sa journée avait été éprouvante. Il détestait avoir à faire au nouveau patron. Yoshiatsu était infecte et voir comment il traitait son ami lui donnait la nausée. Parfois Kaoru se demandait comment il faisait pour se retenir de le déculotter sur la place publique pour lui en mettre une. Une fessée c’était tout ce dont ce sale mioche méritait.

- Tu ne m’as jamais raconté ce qui est arrivé au personnage de Yoshi, déclara Kyo en glissant ses doigts dans les cheveux mauves de son amant. Pourquoi est-il devenu si cruel ?

- C’est important ? Marmonna Kaoru.

- Oui, mes lecteurs voudront savoir pourquoi il se montre si cruel. On ne nait pas mauvais Kaoru. On le devient.

- Mouais…

- Et que devient Toshimasa ?

- Ché pas.

- Il y a des troues dans ton histoire Kaoru ! Se moqua gentiment le blond.

- C’n’est pas mon histoire, c’est la tienne.

- Si tu veux. Alors laisse-moi te dire comment je vois les choses.

Le barman releva les yeux et interrogea son amant du regard. Un léger sourire était dessiné sur les lèvres de Kyo. Un sourire énigmatique et remplit de douceur. Qu’est-ce qu’il avait en tête ?

- L’ami barman de Haku va passer un coup de fil à l’étranger. Ce fameux coup de téléphone qui le démange depuis si longtemps et puis, il va organiser une soirée pour son anniversaire et persuader Haku de s’y rendre.

- Tu crois ?

- J’en suis certain.

Une étincelle brilla dans les yeux de Kaoru et Kyo ne résista pas à l’envie de presser ses lèvres contre les siennes. Alors qu’il s’apprêtait à rompre le baiser, Kaoru passa une main derrière sa nuque et l’approfondit.

 

*

 

Hakuei savait qu’il commettait une grossière erreur. Si Yoshiatsu apprenait qu’il était sorti sans son autorisation, il risquait de subir ses foudres et les colères du jeune homme étaient terribles, cependant le roux avait décidé de prendre le risque. C’était l’anniversaire de Kaoru et son ami avait insisté pour qu’il passe boire un verre à son appartement. Il avait pris sa soirée et n’avait personne d’autre avec qui le fêter. Hakuei n’avait pas eu le cœur de lui dire non surtout que cela faisait presque dix mois qu’ils n’avaient pas vraiment passé du temps ensemble. Dix mois qu’il avait perdu sa liberté et qu’il était devenu l’animal de compagnie de Yoshi. Un sourire amer se dessina sur les lèvres de l’ancien hôte. Il était tombé bien bas et pourtant, il ne voulait pas se soustraire à sa punition. Il méritait ce qu’il lui arrivait. S’il s’était montré plus fort, s’il avait tenu tête à Toshiya, Yoshiatsu ne serait sans doute pas devenu ce qu’il était aujourd’hui. Hakuei le savait et en assumait toutes les conséquences, se montrant docile comme il l’avait été avec Toshiya auparavant.

           

Yoshiatsu s’était absenté pour 24h. Hakuei savait qu’il serait de retour le lendemain à la première heure. Le roux serait de toute façon rentré bien avant. Il ne comptait pas passer la nuit chez Kaoru. Il allait simplement boire un verre chez son ami, discuter, peut-être manger un morceau de gâteau et rentrer. C’était risqué mais il savait qu’en acceptant cette invitation, Kaoru serait rassuré quant à sa situation. En répondant à son invitation, Hakuei lui signifiait que sa condition n’était pas aussi mauvaise qu’il le pensait… même s’il sortait à l’insu de celui qui était désormais son maitre…

 

Lorsque Hakuei arriva devant l’immeuble de son ami, il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire. C’était lui qui l’avait aidé à trouver cet appartement et à s’y installer. Kaoru et lui se connaissaient depuis tellement longtemps et le roux éprouvait beaucoup de tendresse pour son cadet.

 

Puisque Kaoru vivait au quatrième étage, Hakuei décida de prendre les escaliers. Cela lui permettrait de se dégourdir un peu les jambes, lui qui n’avait plus vraiment l’occasion de faire de l’activité physique. À chaque marche qu’il montait, des souvenirs jaillissaient dans son esprit. Des souvenirs heureux et des moments partagés avec celui qu’il considérait comme son meilleur ami mais aussi comme son frère. Kaoru avait toujours été là pour lui. Il avait été son confident à de nombreuses occasions et même si Hakuei ne lui disait pas tout, Kaoru n’avait bien souvent pas besoin de mot pour le comprendre.

 

Alors qu’il arrivait sur le palier de son ami, Hakuei sentit son estomac se nouer douloureusement. Cette nuit, c’était un peu comme un adieu car il n’était pas certain qu’ils pourraient à nouveau passer du temps ensemble, surtout si Yoshiatsu apprenait sa petite escapade mais le roux ne préférait pas penser à la punition qui risquait de lui tomber dessus. Il voulait se concentrer sur son ami car après tout, c’était un jour important pour lui.

 

Lorsqu’il frappa, personne ne lui répondit mais voyant que la porte était mal fermée, Hakuei se permit d’entrer. Après tout, Kaoru l’attendait et puis cela faisait longtemps qu’ils ne faisaient plus de manière entre eux.

 

Les volets avaient été fermés et il faisait sombre dans l’appartement. Hakuei referma la porte derrière lui et se dirigea un peu à l’aveugle vers le salon. Là, il distingua une silhouette dans la pénombre. Il pensa d’abord à Kaoru mais elle était bien trop grande pour être la sienne et lorsqu’il la reconnut, son estomac se noua douloureusement.

- Bonsoir mon amour.

Hakuei qui se trouvait près de l’interrupteur, le chercha fébrilement des mains. Son regard était fixé sur l’homme qui marchait à présent vers lui et lorsque la pièce s’éclaira, ce fut Toshiya qu’il trouva devant lui.

- Toshiya…, balbutia le roux.

Le brun lui adressa un léger sourire avant d’encadrer son visage pour lui donner un langoureux baiser. Le roux n’osa pas y répondre. Tout ça lui semblait tellement absurde ! Qu’est-ce que Toshiya faisait ici ? Pourquoi n’était-il pas à l’étranger ?

- Viens, murmura son cadet en glissant sa main dans la sienne.

Instinctivement Hakuei la referma sur la sienne et se laissa guider vers la chambre. Toshiya referma derrière eux. C’était pourtant inutile mais confiner l’espace allait aider son amant à se détendre. D’ailleurs, sans un mot les deux hommes se déshabillèrent, redécouvrant le corps de l’autre qu’ils n’avaient pu parcourir depuis si longtemps. Leur temps était compté, aussi n’en perdirent-ils pas en se glissant rapidement sous les draps, Toshiya accueillant son tendre amour entre ses cuisses pour le laisser le prendre comme autrefois. Sans un mot, juste en s’échangeant regards et sourires les deux amants retrouvèrent l’espace d’une nuit, cette complicité qui les avait unis pendant si longtemps. Poussant soupirs et gémissements jusqu’au petit matin.

 

 

- Viens avec moi.

Hakuei se contenta d’esquisser un léger sourire avant de lui prendre sa cigarette des lèvres. Il n’avait pas besoin de lui répondre. Toshiya connaissait parfaitement sa situation et donc sa réponse. Un soupir traversa les lèvres du brun. Un soupir remplit de lassitude et d’agacement si bien qu’il finit par quitter le lit pour s’habiller.

- Mon avion part dans deux heures. Il faut que j’y aille.

Hakuei acquiesça et se leva à son tour pour s’habiller, se gardant bien de le regarder pour ne pas rendre cette séparation plus difficile qu’elle ne l’était déjà.

- Est-ce qu’il te traite bien ?

- Évidemment, souffla le roux en esquissant un léger sourire.

- Menteur.

Le sourire de Hakuei s’étira un peu plus. Il était hôte, donc menteur professionnel.

- Je tuerais cette sale petite vermine.

- C’est ton frère Toshiya, rétorqua le roux sur un ton de reproche.

- Et alors ?

- C’est de notre faute s’il est comme ça, répondit-il d’une voix étranglée.

Toshiya ne répondit pas. Il contourna simplement le lit et vint se planter devant son amant, l’obligeant à le regarder droit dans les yeux.

- J’aimerais tellement t’emmener avec moi.

- Je sais.

- J’aimerais tellement te sauver.

- Tu ne peux pas et tu n’as pas besoin de le faire. Je n’ai pas besoin d’être sauvé. Je vais bien.

- Et tu mens toujours aussi bien…

Pour mettre fin à cette querelle, le roux encadra son beau visage pour lui donner un langoureux baiser. Le dernier.

- Je dois m’en aller.

- Je reviendrais te chercher un jour. Je te le promets.

Hakuei esquissa un dernier sourire avant de s’en aller. Il était inutile de lui répondre. Toshiya ne faisait pas ce qu’il voulait et lui non plus. Ce n’était pas leur destin d’être ensemble et il devait simplement  l’accepter.

 

*

 

- Voilà, vous savez tout. Je vous en prie. Je ne fais que suivre les instructions que j’ai reçues. Oui je vous avoue que je tiens beaucoup à lui. Je vous remercie. Au revoir.

Die raccrocha avant de se tourner vers Toshiya qui marchait vers lui. Un faible sourire était dessiné sur ses lèvres mais le cœur n’y était pas et Die savait pourquoi. Cependant il ne lui fit aucune remarque qu’en au fait qu’il n’avait pas dormi à l’hôtel la nuit dernière. Tout ça n’avait aucune importance puisqu’ils quittaient le Japon dans quelques minutes, juste le temps d’embarquer dans cet avion qui allait les emmener jusqu’à Los Angeles après une courte escale à Tokyo.

- Avec qui étais-tu au téléphone ? Demanda le brun en fronçant les sourcils ?

- Un vieil ami, répondit Die en lui adressant un large sourire avant de presser chastement ses lèvres contre celles de son compagnon. On y va ?

Toshiya acquiesça et les deux hommes se dirigèrent vers l’hôtesse qui les attendait un peu plus loin.

 

*

 

Yoshiatsu crispa sa main sur le combiné du téléphone avant de tourner lentement son regard vers Hakuei qui venait de passer la porte de son bureau. Au regard que le plus jeune le adressa, le roux comprit qu’il avait été mis au courant de sa petite escapade nocturne. Comment ? Qui l’avait trahi ? Il l’ignorait mais il savait par avance que son jeune maître allait lui faire payer cette infidélité…