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 « Je ne travaille pas ce soir et toi ? »

Hakuei esquissa un large sourire tout en lisant le sms qu’il venait de recevoir. Il était de Tatsurou et sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, il le mettait de bonne humeur même s’il ne pouvait pas se rendre disponible pour lui. Sakurai repartait en début d’après-midi mais Tomo aurait sans doute besoin de lui, après tout Takashi rentrait cette nuit...

« Je ne sais pas encore. Je te tiens au courant. XxX »

Hakuei ne savait pas vraiment pourquoi il signait toujours ses messages avec des triples X. C’était ce qu’il faisait en général avec ses clientes. Elles aimaient beaucoup lorsqu’il leur faisait du charme de cette manière, en leur envoyant un baiser avec son message. Mais Tatsurou n’était pas un client, il était son seul ami. Un bien étrange ami qui avait le pouvoir de le mettre de bonne humeur et de lui faire oublier ses soucis.

 

La masse endormie à ses côtés bougea, signe que son client ne tarderait pas à s’éveiller. Hakuei reposa sans bruit son téléphone portable, face contre terre puis rapprocha son corps nu du brun qui ouvrit bientôt un œil puis l’autre.

- Bonjour, murmura le roux en continuant de sourire.

- Bonjour, répondit Sakurai en le détaillant avec attention.

Depuis le temps qu’il connaissait Hakuei, c’était la première fois qu’il le voyait sourire de cette manière. Il semblait de toute façon différent. Peut-être parce qu’il n’était plus hôte et qu’il avait choisi d’être ici contrairement à leurs précédentes rencontres.

- Avez-vous bien dormi Sakurai-san ?

- Merveilleusement bien, répondit le brun en soudant leurs lèvres.

Le roux poussa un petit gémissement en sentant son ainé presser son corps en éveil contre le sien.

- Effectivement vous avez l’air en forme, murmura l’ancien hôte entre deux baisers.

Sakurai esquissa un sourire tout en se glissant entre les cuisses de son cadet. Hakuei était de toute façon habitué à ce qu’il soit affamé de bon matin. D’ailleurs la chambre ne tarda pas à s’emplir de gémissement et de soupir, entrecoupés de murmures obscènes du plus âgé qui appréciait le manque d’activité sexuel de son cadet. Et ce dernier avait l’air de n’avoir connu aucun homme depuis leur dernière rencontre.

- Redis-le moi, que je puisse juger si c’est vrai ou pas, murmura le brun en lui tirant les cheveux sur le côté de manière à ce qu’il puisse avoir un meilleur accès à son cou qu’il dévora sans se soucier de lui laisser ou non des marques.

- Je n’ai connu personne d’autre que vous depuis la dernière fois.

Hakuei ponctua sa phrase d’un gémissement qui faisait échos au violent coup de reins que lui avait donné son amant. Ce dernier semblait satisfait d’apprendre qu’aucun autre homme n’avait eu le plaisir de s’enfoncer en lui comme il était en train de le faire. Finalement il y avait du bon à ce que le roux se soit retiré du marché et Sakurai en profita autant qu’il put, prolongeant au maximum leur ébat avant de venir en lui, étouffant un grognement bestiale contre ses lèvres de peur d’être tenté de le mordre trop fort. Et il savait à quel point il pouvait être brusque au moment de l’orgasme. Hakuei passa ses bras autour du cou de son client et approfondit leur baiser avant de le laisser se retirer. Aussitôt la semence du brun vint souiller ses cuisses et les draps. Il n’utilisait jamais de préservatif avec Sakurai. C’était le privilège qu’avait ce client un peu spécial, à qui on ne devait jamais dire non et qui pouvait tout se permettre ou presque…

 

- Je vais nous faire couler un bain, déclara Hakuei en se redressant.

Sakurai lui attrapa le poignet puis l’attira vers lui. Le roux se laissa docilement faire, fermant un court instant les yeux lorsque sa tête se posa contre son torse. À cet instant ce n’était plus à son client qu’il pensait et ce n’était pas l’orgasme qu’on venait de lui donner qui était responsable de ce sourire qui était affiché sur son visage. Ce qui hantait son esprit, c’était ce sms qu’il avait reçu un peu plus tôt et s’il allait ou non pouvoir rejoindre cet ami qui apparaissait comme un rayon de soleil dans sa triste existence.

- Les choses déplaisantes se disent toujours après l’amour, murmura Sakurai en caressant du bout des doigts son épaule. Maintenant que je suis dans de bonnes dispositions, je t’écoute.

- De quoi voulez-vous parler Sakurai-san ? S’étonna Hakuei en relevant la tête vers lui.

Le brun posa une main contre sa joue et caressa sa peau douce et parfaite avec son pouce avant de lui murmurer :

- Tu m’as dit quand je suis arrivé que tu n’étais plus hôte mais qu’exceptionnellement ça serait toi qui t’occuperais de moi durant mon court séjour à Tokyo.

- Et c’est ce que j’ai fait.

- Est-ce que j’aurais le droit à une nouvelle exception la prochaine fois ?

Le regard de Hakuei changea et après un court silence le roux posa sa tête contre son torse, dessinant du bout des doigts des arabesques imaginaires sur la peau du brun avec qui il venait de faire l’amour.

- Je crois qu’il va nous falloir parler franchement. Vous prenez votre avion dans quelques heures et je ne veux pas que vous aillez de mauvaise surprise… mais je ne veux pas non plus vous contrarier.

- Alors sois franc, Hakuei.

L’ancien hôte poussa un profond soupir avant de s’écarter de son amant pour se redresser. Il passa une main dans sa longue chevelure rousse pour y remettre un peu d’ordre puis se pencha vers la table de chevet et prit un paquet de cigarette ainsi qu’un briquet. Il en glissa une entre les lèvres de son client puis l’alluma, échangeant avec lui un sourire complice.

- Je ne suis plus hôte mais je ne serais bientôt plus secrétaire particulier, déclara Hakuei.

- Et que seras-tu ? Demanda Sakurai en expirant la fumée grise.

- Tomo m’a proposé d’être son adjoint et d’assurer ses intérims en son absence. La plupart de ses intérêts sont à Osaka. Il devra tôt ou tard y retourner ou au moins faire la navette entre les deux villes. Or les clubs ont besoin d’un administrateur présent sur le terrain presque quotidiennement.

- Ce n’est donc pas que tu ne veux pas me revoir mais que tu n’en auras plus le temps, soupira Sakurai en s’asseyant plus confortablement.

- Je suis désolé Sakurai-san.

- Ne se sois pas, c’est une belle promotion pour l’hôte numéro un que tu as longtemps été. Tu n’aurais pu rêver meilleure retraite. Si on me demande mon avis, j’appuierais ta candidature. Tu as de l’esprit et tu connais le milieu. Tu serais parfait à la tête des établissements de nuit et de plaisir de cette ville.

Sakurai caressa du bout des doigts ses lèvres avant d’y glisser sa cigarette pour la partager avec lui. Hakuei la fuma puis le laissa la lui reprendre avant de lui dire :

- Je vous promets de vous trouver un hôte à la hauteur.

- Je n’en ai pas besoin, rétorqua Sakurai en écrasant son mégot. C’était toi que je voulais et personne d’autre. Mais puisque tu seras l’administrateur adjoint, nous nous reverrons et peut-être que…

Sakurai laissa en suspend sa phrase et se contenta d’esquisser un sourire carnassier avant d’attirer vers lui son cadet.

- Mais en attendant, laisse-moi encore profiter de toi une dernière fois. Il ne me reste que quelques heures pour ça et je ne veux pas en rater une miette.

Hakuei se contenta de gémir de plaisir sous les caresses mais également la poigne de son ainé qui semblait à nouveau très excité et prêt pour un autre round.

 

*

 

Il était presque 18h et la voiture était coincée dans les embouteillages. Hakuei écoutait d’une oreille distraite Tomo qui comme d’habitude râlait pour tout et n’importe quoi. Cette semaine loin de Takashi, n’avait fait qu’accentuer son mauvais caractère mais l’ancien hôte s’en accommodait plutôt bien. Tomo était bien plus facile à vivre que Yoshiatsu ou même Toshiya. Au moins ils n’entretenaient que des relations professionnelles, ce qui était tout de même plus simple mais surtout plus facile à gérer au quotidien. Lorsque Tomo passait ses nerfs sur lui ou se montrait particulièrement exécrable, Hakuei savait qu’il n’y avait jamais rien de personnel derrière, Tomo était simplement de mauvaise humeur, enfin plus que d’habitude… 

 

- Si ce que je te raconte ne t’intéresse pas, dis-le tout de suite, grogna Tomo.

Hakuei détacha son regard de la pluie qui tombait doucement sur la ville et posa les yeux sur son patron tout en s’excusant. Tomo était toujours à fleur de peau mais ce n’était plus qu’une question d’heures avant que les choses ne rentrent dans l’ordre. En effet Takashi arrivait cette nuit et ils allaient justement le récupérer à l’aéroport. Ce qui voulait aussi dire qu’il lui faudrait penser à mettre des boules quies avant d’aller se coucher car les retrouvailles entre ses deux patrons risquaient d’être joyeuses mais surtout bruyantes et le roux manquait cruellement de sommeil. Sakurai l’avait épuisé et savouré jusqu’à la dernière minute au point que l’ancien hôte avait cru que l’homme d’affaire finirait par rater son avion. Dieu merci, Sakurai était rentré chez lui à Los Angeles et Hakuei allait pouvoir souffler un peu. Il était en tout cas rassasié sexuellement pour un petit moment.

 

- Au fait Hakuei, fit soudain Tomo.

- Oui monsieur ?

- Maintenant que tu me fais office d’adjoint, tu gagnes encore mieux ta vie qu’avant. Combien de zéro sur ta fiche de paie ?

- Beaucoup monsieur.

Tomo hocha la tête en signe d’approbation. Il avait toujours apprécié la pudeur de Hakuei pour tout ce qui touchait à l’argent. Le roux avait le sens des affaires mais savait  parler d’argent avec une certaine élégance qu’il devait sans doute à son ancienne profession d’hôte.

- Dans ce cas, tu n’auras aucun mal à te trouver un appartement, déclara Tomo.

Hakuei arqua un sourcil de surprise et avant qu’il ne comprenne ce qu’il lui arrive, Tomo ouvrit la portière et le poussa hors de la voiture.

- Je n’ai pas besoin que tu m’accompagnes pour aller chercher Takashi. Tu n’auras qu’à dormir à l’hôtel ce soir et commencer à te trouver un appartement. Vu que tu n’es plus mon secrétaire, je n’ai plus besoin de t’avoir avec moi H24. Bon vent ! Et je t’enverrais un message pour te dire à quelle heure demain tu pourras récupérer tes affaires.

Stupéfait, Hakuei resta assis sur le bord du trottoir, réalisant à peine ce qui venait d’arriver. Lorsqu’il reprit ses esprits, Tomo avait refermé la portière et la voiture s’était déjà trop éloignée pour qu’il tente quoi que ce soit. Comble de mal chance pour lui, la pluie se mit à tomber plus fort. Toujours assis sur le trottoir, Hakuei releva le visage vers le ciel  tout en souriant légèrement. Il n’était ni triste, ni contrarié. Il avait presque l’impression d’être soulagé d’un poids. Tomo était peut-être un sale type mais il était paradoxalement celui qui lui rendait petit à petit sa liberté.

 

La pluie cessa brusquement de tomber. Hakuei qui avait fermé un court instant les yeux les ouvrit et se rendit compte qu’un homme se tenait près de lui avec un parapluie à la main et tout en l’abritant, il l’observait avec curiosité. Quand leurs regards se croisèrent, le roux sentit un étrange sentiment l’envahir alors qu’un léger sourire s’imprimait sur ses lèvres.

- Tatsu…

- Je peux savoir ce que tu fiches par terre en pleine rue et surtout sous la pluie ? S’étonna le grand brun.

- Mais je t’attendais, répondit Hakuei en lui adressant son sourire le plus charmeur.

Tatsurou sentit le rouge lui monter au visage et détourna nerveusement les yeux, cherchant quoi répondre après une telle déclaration.

- Après tout, tu m’as dit que tu ne travaillais pas cette nuit, non ? Reprit Hakuei d’un air amusé.

- Oui, répondit le barman en se raclant la gorge.

Hakuei tendit la main vers lui pour qu’il l’aide à se relever et c’est un peu fébrilement que le plus jeune la pris pour l’aider.

- Ta main est chaude est agréable, murmura Hakuei en se relevant. Et mois je suis humide et frigorifié, ajouta-t-il en frissonnant. Emmène-moi chez toi, j’ai besoin d’une bonne douche et je n’ai nulle part où aller.

- Tu n’es pas sensé vivre avec tes patrons ?

- Je crois que papa et maman en ont marre de m’avoir dans les pattes et ont envie de baiser tranquillement. Et entre nous, je crois que c’est maman qui baise papa, ajouta Hakuei au creux de l’oreille de Tatsurou tout en lui prenant le bras. Allé, allons-y. Je suis fatigué et mort de froid ! Je rêve d’une bonne douche bien chaude, ou peut-être d’un bon bain mais je n’aime pas les prendre seul, c’est ennuyant…

À mesure qu’Hakuei lui parlait et qu’ils avançaient en direction de chez lui Tatsurou devenait de plus en plus rouge. Qu’avait Hakuei en tête exactement ? Est-ce qu’il était en train de se moquer de lui ? Ou bien ne se rendait-il tout simplement pas compte de l’effet qu’il avait sur lui ? À moins qu’il ne soit en train de lui faire une proposition… Le brun chassa immédiatement cette option. Du moins il la relégua dans un coin de sa tête alors qu’ils arrivaient bientôt devant son immeuble.

 

À peine eut-il passé la porte d’entrée, qu’Hakuei commença à se déshabiller, retirant un à un chacun de ses vêtements trempés qui lui collaient à la peau mais surtout qui allaient finir par le rendre malade. D’ailleurs il ne tarda pas à éternuer plusieurs fois d’affilé. En l’entendant faire, Tatsurou retint un soupir et le poussa vers sa salle de bain.

- Va donc prendre une douche chaude, je vais faire du thé. Ça te fera du bien.

- Je vais plutôt faire couler un bain et tu viendras le prendre avec moi.

- Mais… mais pourquoi je ferais ça ? Balbutia le grand brun alors que son visage s’empourprait.

- Parce que c’est plus drôle d’être deux que tout seul, rétorqua le roux en lui adressant un petit sourire malicieux avant de disparaitre derrière la porte de la salle de bain qu’il laissa entrouverte. Je t’attends, dépêche-toi !

Tatsurou resta un court instant devant la porte, se demandant s’il était sérieux ou pas. Partagé entre l’envie de le rejoindre et la peur d’être ridicule, il décida d’aller préparer du thé comme il l’avait prévu. Pour le bain… il verrait bien. Après tout l’ancien hôte n’était peut-être pas sérieux. Difficile de savoir tant son comportement était ambigu. En temps normal le barman ne se posait pas autant de question mais cette fois-ci c’était différent. Hakuei n’était pas un homme comme les autres. Il ne lui plaisait pas seulement… Et même si le grand brun avait du mal à l’admettre, il commençait à réaliser qu’il en était peut-être amoureux.

 

Chassant ce tourbillon de doute qui le tourmentait, le barman leur prépara du thé vert qu’il décida de mettre sur un plateau une fois prêt. Puisque Hakuei avait décidé de prendre un bain, autant lui apporter sa tasse directement dans la salle d’eau. Il verrait ainsi s’il était sérieux ou pas.

 

Le roux était déjà en train de barboter dans l’eau lorsque le brun poussa timidement la porte. Un large sourire fendit le visage du plus âgé qui lui fit signe d’approcher. Malgré lui Tatsurou laissa son regard glisser sur le torse et les bras tatoués de l’ancien hôte. À demi-nu, Hakuei était encore plus beau et le barman dût détourner les yeux pour ne pas trop rougir mais surtout réagir à la vision qui s’offrait à lui. Il comprenait également pourquoi il avait été si longtemps l’hôte numéro un de son club. Hakuei était beau mais pas seulement. Il y avait quelque chose d’envoutant chez lui.

- Approche, je ne vais pas te manger même si je commence à avoir un petit creux, rétorqua le roux en se redressant.

Tatsurou s’approcha et posa le plateau sur le sol avant de s’assoir sur un bout de carrelage sec. Il commença alors à servir le thé et lorsqu’il tendit à Hakuei sa tasse, ce dernier déclara :

- C’est décidé, je finirais par t’épouser. Tu es parfait Tatsu. Tu sais qu’aucun homme ne m’avait encore traité de la sorte ? Et après ça, comment veux-tu que j’ai envie de m’en aller d’ici ?

Hakuei porta sa tasse à ses lèvres et savoura le thé vert que son ami lui avait préparé et qui selon lui était parfait. Tatsurou avait du mal à ne pas rougir mais surtout il avait soudain très chaud et ce n’était en rien à cause de la vapeur qui s’échappait du bain du roux mais plutôt à cause du rentre dedans qu’il lui faisait, si bien sûr il était sérieux.

- Tout à l’heure tu as dit que tu n’avais nulle part où aller, commença un peu timidement Tatsurou. Qu’est-ce que tu voulais dire par là ?

- Je viens d’avoir une promotion mais mes nouvelles fonctions n’incluent plus l’hébergement.

- Et qu’est-ce que tu vas faire alors ?

- Me trouver un appartement, rétorqua Hakuei en haussant les épaules.

- Et en attendant de trouver ?

- J’irais sans doute à l’hôtel. Au fait, tu as fini ton thé ?

Tatsurou acquiesça tout en posant sa tasse vite sur le plateau. Hakuei lui tendit la sienne et alors que le brun la prenait, il le tira vers lui tellement fort qu’il perdit l’équilibre et se retrouva tout habillé dans la baignoire.

- Ben tu vois, tu avais aussi envie d’un bain. Allé, enlève-moi tous ces vêtements mouillés avant de tomber malade.

Choqué, Tatsurou n’eut d’abord aucune réaction sinon de s’assoir lourdement en face du roux qui commençait à le déshabiller. Alors qu’il se retrouvait en sous-vêtement, le brun lui attrapa les poignets et déclara un peu gêné :

- Je crois que je peux finir tout seul.

- Comme tu veux, rétorqua Hakuei en esquissant un énigmatique sourire tout en s’installant confortablement de son côté de la baignoire.

Tatsurou retira son caleçon trempé ainsi que ses chaussettes qu’il posa à côté des vêtements dont le roux l’avait débarrassé un peu plus tôt. Lorsqu’il se retrouva entièrement nu dans le l’eau, le brun n’osa pas relever le regard vers son vis-à-vis qui l’observait ouvertement sans la moindre gêne. Le barman était terriblement nerveux. Lui qui passait pour un coureur de jupon, voilà qu’il perdait toute son assurance lorsqu’il se retrouvait avec cet homme.

 

Après avoir longuement hésité, Tatsurou finit par se lancer. Sans toutefois le regarder dans les yeux, il lui dit :

- Tu sais…, si tu n’as nulle part où aller, tu peux rester ici. C’est toujours la galère pour trouver un truc correcte pas trop cher à Tokyo alors…

- Vraiment ? Coupa l’ancien hôte. Tu es sûr que ça ne te dérange pas de me dépanner ?

- Tu sais, c’est petit et c’n’est pas très luxe ici mais si ça te va…

- J’en serais ravi ! Merci !

Sur ces mots Hakuei se pencha vers lui et le serra dans ses bras. Le cœur de Tatsurou rata un battement alors qu’il n’osait ni bouger ni respirer. Au bout de quelques secondes, le brun finit par répondre à son étreinte, fermant les yeux pour profiter de ce chaste moment, sans chercher à en tirer profit quand bien même il mourait d’envie de l’embrasser.

 

C’est Hakuei qui rompit le contacte pour reprendre sa place initiale. Un large sourire fendait son visage. Il avait l’air content à l’idée de s’installer provisoirement ici. Pourtant c’était bien loin des palais auquel il devait être habitué…

- Par contre j’y mets une condition, déclara le roux.

Tatsurou lui adressa un regard surpris et un peu inquiet, redoutant déjà de savoir de quoi il pouvait s’agir.

- J’aimerais que tu me laisses participer aux frais. Après tout tu vas me loger, alors il serait normal que j’apporte ma contribution et c’est non négociable.

- Comme tu veux.

- Parfait !

Pour sceller leur arrangement, le roux lui tendit la main et le brun la serra fébrilement, se rendant à peine compte qu’il allait désormais partager son appartement et son quotidien avec l’homme qui hantait ses fantasmes.

- Au fait, tu me prêtes des vêtements ? Je n’ai rien emmené.

- Bien sûr, soupira Tatsurou. Je pourrais même d’aider à déménager.

- Vraiment ? Tu es l’homme parfait. Continue et je vais vraiment finir par te demander en mariage.

Tatsurou ne prit pas la peine de répondre. Il préférait pour le moment croire que Hakuei plaisantait et se moquait de lui lorsqu’il lui faisait du rentre dedans. Après tout, quelle était la probabilité pour qu’un homme tel que lui puisse s’intéresser à un petit barman fauché ? Lui qui était habitué à fréquenter des hommes riches et puissants... Finalement quand on y réfléchissait bien, ils n’appartenaient pas au même monde et leur amitié était aussi inattendue qu’étrange.

 

C’est Hakuei qui sortit le premier. Malgré ses efforts, Tatsurou eut bien du mal à ne pas laisser trainer son regard sur le corps ruisselant de son futur colocataire. Et c’était ce que Hakuei allait devenir. D’un seul coup, le brun réalisa ce que sa proposition impliquait. Son appartement était si petit ! Et le roux était si familier avec lui… Comment allait-il y survivre sans se rendre ridicule ?

- Tu vas attraper froid à trainer dans l’eau. Elle n’est plus très chaude, déclara Hakuei.

Tatsurou releva les yeux vers lui. L’ancien hôte n’avait pas encore noué sa serviette autour de sa taille. Il l’avait encore entre les mains et elle pendait au niveau de son entrejambe, lui offrant ainsi une vision très érotique dont il lui serait difficile de se débarrasser. D’ailleurs il craignait de faire quelques rêves érotiques… en plus il n’avait qu’un seul futon.

- Bon, fais comme tu veux, moi je vais piocher dans tes affaires.

Le barman acquiesça et le suivit du regard, ne se décidant à sortir de l’eau qu’une fois seul dans la salle d’eau. D’ailleurs il commençait à être tendu, ce qui était très gênant. Il espérait secrètement que cette pulsion et envie lui passerait très vite même s’il en doutait.

 

Hakuei était déjà habillé lorsque Tatsurou entra dans la chambre. Le roux était d’ailleurs assis au milieu de la pièce et pianotait sur son téléphone portable. Tatsurou tenta d’ignorer sa présence et s’habilla le plus rapidement possible, sentant malgré tout le regard de son nouveau colocataire sur lui. Il avait un peu honte de s’afficher nu devant lui. Il se demandait également ce que le roux pouvait penser de lui. Est-ce qu’il lui plaisait aussi ? Enfin physiquement… Tatsurou avait du mal à le croire. Il avait beaucoup de succès auprès des hommes mais ne jouait pas dans la même cours que Hakuei. Ils appartenaient à deux mondes complètement différents et c’était bien pour ça qu’ils n’avaient pas encore couché ensemble et qu’ils n’étaient qu’amis.

- J’ai pas vraiment eu le temps de faire des courses. Je n’ai pas grand-chose à manger mais si tu veux on peut sortir.

Hakuei qui lui avait emprunté des vêtements d’intérieurs se leva et après avoir jeté un coup d’œil par la fenêtre soupira en s’approchant de lui :

- Il pleut encore. Si tu as des nouilles instantanées bien indigestes, je suis partant !

- Je dois en avoir plein les placards, rétorqua Tatsurou en esquissant un sourire tout en lui faisant signe de le suivre.

- Parfait ! Je ne rêve que ça !

 Tout en préparant leur repas de fortune, le brun se dit que Hakuei était quand même un drôle de type. Dans l’intimité, il était bien loin de l’image qu’il renvoyait en public aux gens. D’ailleurs il était persuadé de ne pas être au bout de ses surprises.

 

Perdu dans ses pensées, le barman ne l’entendit pas s’approcher de lui, si bien qu’il sursauta lorsque le roux posa son menton contre son épaule. Hakuei ferma les yeux et huma la fumée qui s’échappait des bols.

- Comme ça sent bon ! Tu sais à quoi ça me fait penser ? Mes années lycées, quand je vivais dans un petit studio pas plus grand qu’un placard à balais avec mon petit-ami de l’époque.

- Quoi ? C’est possible de vivre dans un appartement plus petit que le mien ? Demanda Tatsurou d’une voix qui trahissait un peu son émotion.

Après tout, Hakuei venait de lui faire une confidence sur son passée mais surtout il venait de lui confirmer qu’il était gay, donc qu’il y avait peut-être une ouverture pour… Le barman chassa aussitôt cette idée tout en lui tendant son bol de nouille prêt à être mangé. Hakuei le prit tout en se demandant ce qu’il lui prenait de parler de ça avec Tatsurou. Il n’avait jamais évoqué son passé avec qui que ce soit, pas même Kaoru qui était sans doute la personne la plus proche de lui. Mais avec Tatsurou, c’était différent. Avec lui, Hakuei avait l’impression qu’il pouvait tout partager sans avoir peur d’être juger. C’était la première fois de sa vie qu’il ressentait ça et c’était sans doute pour cette raison qu’il aimait passer du temps avec cet homme.

- Bien sûr ! C’était un appartement d’étudiant ! Le tien c’est un palais à côté. Tu as quand même deux pièces et une cuisine. Un vrai luxe pour un célibataire ou même pour un jeune couple.

Tatsurou piqua du nez dans son bol à cette dernière remarque, se refusant d’y voir un quelconque sous-entendu.

 

Il venait à peine de terminer de manger, que Hakuei bâillait déjà. Il était encore tôt mais le roux avait du sommeil à rattraper. Tatsurou ne s’en formalisa pas et lui conseilla d’aller se coucher. Il l’accompagna d’ailleurs dans la chambre et sortit son futon de son armoire. Après l’avoir installé, il fit mine de vouloir le laisser mais l’ancien hôte le retint par le bras.

- Tu veux bien rester encore un peu ? Même si tu ne dors pas de suite. Je n’ai pas envie de m’endormir seul.

Tatsurou acquiesça puis lui dit :

- Mets-toi au lit, j’éteins tout et j’arrive. 

Hakuei acquiesça et se glissa sous la couette, l’attendant avec patience. Dès le brun s’installa à ses côtés, le roux vint se blottir contre lui.

- Je suis désolé, je crois que j’ai besoin d’un câlin. Ça ne te dérange pas trop ?

Pour toute réponse, le brun passa un bras autour de ses épaules et le serra contre lui. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Hakuei qui avait la tête posée contre devait sans aucun doute le sentir ce qui rendait le barman un peu plus nerveux, pourtant l’ancien hôte ne fit aucune remarque. Il était trop fatigué et ne tarda pas à s’endormir. Tatsurou de son côté ne trouva pas immédiatement le sommeil. Il resta longtemps les yeux ouvert dans l’obscurité, écoutant simplement la respiration de cet étrange ami qui allait désormais vivre avec lui.

 

 

C’est une sonnerie qui les réveilla le lendemain matin. Hakuei avait oublié de couper le son de son téléphone portable et c’est en grognant qu’il le chercha à tâtons sur le sol près du futon. C’est Tatsurou qui le trouva pour lui. Lorsqu’il le lui tendit, il remarqua qu’il s’agissait d’un numéro inconnu mais Hakuei n’y prêta pas attention et répondit d’une voix ensommeillée tout en s’asseyant sur le futon. Tatsurou fit de même et observa la mine soucieuse de l’ancien hôte. C’était la première fois qu’il lui voyait un air si sombre et cela l’inquiétait un peu. Cependant, de peur de paraitre indiscret, il finit par se lever et quitta la chambre pour préparer du thé. Peu importe qui était à l’autre bout du fil et quelle mauvaise nouvelle il leur apporter, il leur faudrait quoi qu’il arrive une bonne tasse de thé pour bien démarrer la journée.

 

Lorsque Tatsurou fut de retour dans la chambre avec son plateau, Hakuei avait raccroché. Le roux lui adressa un sourire teinté de tristesse lorsqu’il lui tendit sa tasse et déclara :

- Comment veux-tu que j’ai envie de partir d’ici si tu m’apportes même mon petit-déjeuner au lit ?

- Ce n’est qu’une tasse de thé, rétorqua Tatsurou un peu gêné.

Le brun s’assit sur le futon et but la sienne, attendant patiemment que son nouveau colocataire lui dise ce qui lui faisait tant de peine. Après avoir bu une longue gorgée, Hakuei murmura d’une voix tremblante :

- C’est Kaoru… Je crois qu’il a des ennuies. Il faut que je le retrouve.

- Je t’aiderais, ne t’en fait pas.

Hakuei lui adressa un regard surpris. Ses yeux étaient humides au point que le barman crut qu’il allait pleurer. Au lieu de ça, il esquissa un sourire et passa ses bras autour de son cou. Tatsurou répondit à son étreinte par réflexe mais aussi par envie avant de se crisper légèrement en l’entendant lui murmurer :

- Merci d’être mon ami et tu es sans doute le seul que je possède.