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Love Me

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« Merci d’être mon ami Tatsurou… »

Cette phrase ne cessait de tourner en boucle dans son esprit. Tatsurou s’était déjà pris des râteaux dans sa vie mais jamais aucun d’eux n’avait été aussi douloureux que celui-ci. Il le savait pourtant que Hakuei n’était pas un homme pour lui. Il était bien trop habitué aux gars riches et puissants qui l’avaient toujours courtisé lorsqu’il était hôte et qu’il continuait sans doute de fréquenter à l’occasion. Il s’était pourtant laissé espérer quelque chose après le rentre dedans que le roux lui avait fait, malheureusement la réalité l’avait très vite rattrapée quand l’ancien l’hôte l’avait propulsé dans sa friend-zone avec ces quelques mots murmurés contre son torse alors qu’il le réconfortait. Tatsurou avait donc décidé qu’il ne tenterait rien, du moins sa décision devenait désormais officielle. Hakuei ne voyait en lui qu’un ami et c’est ce qu’il serait en dépit de l’ambiguïté de leur relation.

 

Hakuei n’ayant rien à se mettre, Tatsurou le laissa piocher dans ses affaires. Il commençait à avoir l’habitude. Heureusement qu’ils avaient sensiblement la même taille. Quant au déménagement de l’ancien hôte, il avait été repoussé à plus tard, des affaires urgentes le préoccupant et puis Tomo ne lui avait toujours pas envoyé de message. Le roux le soupçonnait donc d’être encore en train de fêter ses retrouvailles avec Takashi. De toute façon Hakuei ne possédait pas grand-chose, en tout cas rien d’irremplaçable et puisque Tatsurou lui prêtait ce dont il avait besoin, il n’avait pas de soucis à se faire.

 

Le brun était en train de faire la vaisselle lorsque le roux s’approcha en silence de lui pour poser son menton contre son épaule.

- Je termine et on peut y aller, déclara le barman d’une voix légèrement tremblante d’émotion.

En effet Tatsurou venait de prendre la lourde décision de ne plus rien ressentir pour cet homme sinon de l’amitié et c’était une promesse bien difficile à tenir à cause de la familiarité mais aussi du côté très tactile de l’ancien hôte.

- Prends ton temps, nous ne sommes pas à la minute près, répondit le roux en passant un bras autour de lui pour lui montrer quelque chose. Par contre j’ai un souci. Je n’ai pas trouvé la brosse à dent de rechange dont tu me parlais. Le paquet est vide. Je peux prendre la tienne ?

- Non, rétorqua le brun en se crispant avant de se retourner vers son ami qui lui adressait une moue boudeuse. Ne fait pas cette tête ! Où t’as vu qu’on se prêtait les brosses à dents ? Ce n’est pas très…

- Hygiénique ? Coupa Hakuei.

- Oui voilà.

- Si c’est qu’une question de bactérie, soupira l’ancien hôte.

Tatsurou s’essuya les mains avec un torchon tout en se demandant comment il survivrait à cette cohabitation avec ce type qui le faisait tellement craquer. D’ailleurs sans crier gare, Hakuei l’attrapa par le haut de son t-shirt et lui donna un fougueux baiser. Stupéfait par ce geste alors que moins d’une heure plus tôt le roux l’avait friend-zoné, le barman osa à peine bouger. Il laissa son nouveau colocataire agir et glisser sa langue dans sa bouche. L’échange ne dura que quelques secondes et pourtant Tatsurou eu l’impression que le temps s’était arrêté. Lorsque Hakuei le lâcha, il lui dit tout en souriant de satisfaction :

- Voilà on partage maintenant les mêmes bactéries. Merci pour la brosse à dents.

Avant même que le barman puisse dire quoi que ce soit, le roux fila dans la salle de bain se brosser les dents avec celle de Tatsurou qui resta figé de stupeur dans la cuisine. Lentement le brun porta ses doigts à ses lèvres. Il n’y comprenait plus rien mais décida qu’il y avait peut-être un peu d’espoir pour lui.

 

*

 

Une nuit d’amour n’avait pas suffit pas rattraper le temps perdu. L’abstinence à laquelle ils avaient été contraints à cause de l’éloignement les avait rendus insatiables. Si bien qu’ils n’avaient dormi que quelques heures, juste le temps de recouvrer des forces entre deux orgasmes. Le soleil était déjà haut dans le ciel mais les deux amants n’en avaient pas encore fini l’un avec l’autre. Tomo n’étant généralement pas très matinal, Takashi avait pris les devant en se glissant délicatement entre ses cuisses sans s’embarrasser de préliminaires. Ils l’avaient tant fait la veille qu’ils étaient encore ouvert l’un comme l’autre même si ce matin le jeune homme aux cheveux roses comptaient bien réveiller de la manière la plus délicieuse l’homme de sa vie.

- Bonjour mon chéri, murmura-t-il en soudant leurs lèvres alors qu’il s’enfonçait un peu plus en lui.

Tomo étouffa son gémissement contre les lèvres de mon amant tout en passant les bras autour de son cou. Dans l’intimité, cela lui était égale de laisser Takashi le prendre mais en public, il était hors de question que qui que ce soit remette en question sa virilité et sa dominance. Son goût pour la sodomie et la soumission était un secret bien gardé par son amant et peut-être aussi par celui qui avait vécu quelques temps chez eux et qui l’avait sans aucun doute déjà entendu gémir. Tomo chassa rapidement cette idée de son esprit pour apprécier les premiers mouvements de son compagnon qui savait comment s’y prendre pour le réveiller en douceur avec son sexe.

- Tu m’as tellement manqué, murmura Takashi.

- Toi aussi, répondit Tomo entre deux baisers.

Sa main glissa du dos de Takashi à ses reins avant de se poser sur ses fesses pour accompagner son mouvement, lui faisant ainsi comprendre qu’il en voulait plus. Un large sourire fendit le visage du jeune homme aux cheveux roses qui se redressa légèrement pour prendre appuie sur ses mains et donner des coups de reins plus vigoureux au brun.

- C’est bon Tomo !

Takashi sentait son sexe être de plus en plus à l’étroit entre les cuisses de son compagnon qui peinait à retenir ses gémissements. Son visage était d’ailleurs tout aussi rouge de plaisir que le sien. Tomo se sentait venir et alors que l’orgasme lui paraissait si proche, une sonnerie résonna dans la chambre, le coupant dans son élan. Takashi de son côté continua ses va et vient jusqu’à déverser sa chaude semence en lui avant de venir capturer ses lèvres.

- Je suis désolé. Je n’ai pas réussi à me retenir.

- Ce n’est pas grave, répondit le brun en tendant le bras vers la table de chevet.

Takashi se retira puis s’étendit complètement sur lui, frottant par la même occasion son bassin contre celui encore éveillé de son compagnon. Tomo devait être frustré mais le jeune homme aux cheveux roses savait comment le faire jouir et il y avait tellement de manière de le faire. Aussi finit-il par disparaitre sous les draps pour s’attaquer au sexe encore tendu de son amant. Il commença par l’embrasser puis le lécha de tout son long avant de fermer ses lèvres dessus. Tomo posa une main sur sa tête avant de crisper ses doigts dans ses cheveux roses. Takashi savait y faire et dans l’état dans lequel il se trouvait, il savait qu’il ne mettrait pas longtemps à jouir.

Une fois son téléphone portable récupéré, Tomo n’hésita pas à décrocher malgré la fellation que son compagnon lui faisait. Si on osait le déranger si tôt, c’était sans doute pour une bonne raison, surtout si c’était Hakuei qui l’appelait.

- Oui ? Qu’est-ce que tu veux ? déclara sèchement le brun. Si tu appelles parce que tu veux rentrer c’est non. Il est temps de vivre ta vie et de voler de tes propres ailes.

Si son ton était à la fois dur, moqueur et détaché, Tomo savait qu’il lui avait fait un cadeau inestimable en lui rendant cette liberté que ses prédécesseurs lui avait arraché bien des années plus tôt. Alors il pouvait se permettre d’être désagréable après avoir joué les grands seigneurs.

Takashi n’entendit plus Tomo dire quoi que ce soit pendant plusieurs minutes, si bien qu’il crut l’espace d’un instant qu’il avait terminé sa communication. Cependant ayant toujours son sexe dans sa bouche, le jeune homme aux cheveux roses ne peut se redresser pour voir ce qui se passer. Surtout que le brun continuait de guider ses mouvements avec la main qu’il avait glissé dans ses cheveux.

- Je finis ce que je fais et j’arrive, rétorqua Tomo avant de raccrocher.

Il souleva alors le drap et regarda son compagnon s’activer sur son sexe tendu. Il aimait particulièrement voir Takashi le sucer. Cela avait le don de l’exciter et de lui donner davantage de plaisir même lorsqu’il était contrarié comme présentement. Ce coup de fil ne lui avait pas plu mais après avoir jouit, tout rentrerait dans l’ordre, d’ailleurs il finit par crisper un peu plus fort ses doigts dans les cheveux de son compagnon pour les tirer en arrière et lui faire cesser sa fellation.

- Viens t’assoir sur moi, tu t’es assez reposé comme ça, ordonna le brun en le tirant vers lui.

Takashi poussa un petit gémissement en s’allongeant lourdement sur son amant qui captura avidement ses lèvres maculées de salive.

- Allé, plus vite que ça, déclara Tomo en lui donnant un petit fessée.

Le jeune homme aux cheveux roses, esquissa une petite mou boudeuse avant de se redresser pour s’assoir sur le sexe tendu et humide de salive de son amant. Fort heureusement, son anneau de chair était encore souple après leurs ébats de la veille, aussi n’eut-il pas de difficulté particulièrement à glisser autour de l’érection de Tomo qui le regardait faire avec avidité. Après avoir tendu la main vers ses cheveux roses, Tomo les tira doucement pour rapprocher son visage du sien. Il huma son odeur dans le creux de son cou, un savant mélange de transpiration, de sexe et de parfum. Il lécha sa peau salée et douce à cette endroit précis puis lui murmura qu’il aimait voir le plaisir déformer son si beau visage. C’était en quelque sorte le signale pour lui demander de leur faire du bien à tout les deux. Takashi qui s’était un peu remis de son précédent orgasme commença à bouger lentement, appréciant de sentir le sexe de Tomo en lui. Il savait et voyait également que le brun aimait ça. D’ailleurs leurs lèvres ne tardèrent pas à se trouver lorsque le rythme devint plus soutenu, jusqu’à ce que Tomo jouisse dans l’intimité de son compagnon. Un sourire heureux et satisfait ornait les lèvres du jeune homme aux cheveux roses qui se souleva légèrement pour extraire le sexe de Tomo.

- C’était tellement bon. Je ne m’en lasserais jamais, murmura Takashi.

- Moi non plus, répondit Tomo en capturant ses lèvres. Et je t’aurais bien baisé toute la journée si on ne m’attendait pas.

Sans le moindre ménagement, Tomo repoussa Takashi qui se laissa tomber dans les draps tout en lâchant malgré lui un petit soupir.

- Je peux venir avec toi ? Hein Tomo ?

Le brun qui s’était assis au bord du lit pour allumer une cigarette, lui jeta un petit regard par-dessus son épaule. Il semblait hésiter ce qui intrigua son compagnon.

- C’n’est pas au club que tu vas, hein ? C’est un truc de yakuza, c’est ça ?

- Non, soupira Tomo. Enfin je ne sais pas encore.

- Je peux quand même venir ?

Tomo se retourna franchement vers son compagnon qui s’était rapproché de lui. Difficile de dire non à cette petite bouille suppliante. C’était à la fois agaçant et craquant si bien que le brun finit par lui dire :

- Ok, allons prendre une douche et allons-y.

Un large sourire fendit le visage de Takashi qui se leva d’un bond.

- Mais pas de sexe sous l’eau ! On n’a pas le temps, ajouta Tomo.

- Oui, oui, répondit malicieusement son amant en déposant un chaste baiser sur ses lèvres.

 

*

 

Hakuei et Tatsurou partageaient une cigarette devant l’immeuble de Kaoru lorsqu’une berline noire s’arrêta non loin d’eux. Deux hommes en sortirent, un grand brun au regard mauvais et un travesti aux cheveux roses. En les apercevant Tatsurou arqua un sourcille mais n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit que Hakuei lui rendit sa cigarette en déclarant :

- Voilà mes patrons. Merci encore pour tout Tatsu. On se revoit plus tard à la maison.

Sur ces mots, le roux se pencha vers lui et déposa un baiser à la commissure de ses lèvres. Immédiatement le grand brun sentit le rouge monter à son visage et tout ce qu’il trouva à faire fut de porter sa cigarette à ses lèvres tout en détournant les yeux pour marmonner de vague salutation. Un sourire se dessina sur le visage de l’ancien hôte qui s’éloigna pour rejoindre Tomo. Ce dernier fumait, appuyé contre la portière arrière de sa voiture et semblait déjà s’impatienter. Takashi de son côté gratifia le rouquin d’un large sourire :

- Hakuei je suis content de te revoir.

- Moi aussi Takashi-kun. J’espère que vous avez fait bon voyage.

Le jeune homme aux cheveux roses hocha la tête avant de poser son regard sur Tatsurou qui les regardait depuis le hall de l’immeuble.

- Qui est-ce ? Ton petit-ami ? Demanda Takashi avec curiosité.

- Ah ! Non ! C’est une plaisanterie j’espère ? S’exclama Tomo choqué. Ne me dit pas que tu sors avec ce clodo ? Je suis sûr qu’il a dû apprendre que tu allais diriger les clubs de Tokyo et doit en avoir après ton argent ! Tu devrais te méfier. On ne peut pas se fier à ce genre de type. Si tu veux, je pourrais te présenter des hommes très bien, riche et plein d’avenir.

Takashi lâcha un profond soupir tout en levant les yeux au ciel. Parfois Tomo lui faisait honte surtout quand il se comportait de cette manière. Heureusement pour lui, Hakuei ne semblait pas vexé, il souriait même comme si la réaction de son patron l’amusait.

- Ne vous en faîtes pas monsieur, Tatsurou est simplement un ami qui m’héberge le temps que je trouve un appartement qui me convienne, expliqua l’ancien hôte.

- Bon, ça va alors mais tu devrais faire attention à tes fréquentations, rétorqua Tomo en écrasant sa cigarette sur le sol.

- Alors c’est vrai ça ! S’exclama Takashi. Tu ne vas plus vivre avec nous ?

- Ne t’en fais pas, c’est un grand garçon il s’en remettra. Bon allé, on y va, s’impatienta Tomo.

Takashi ouvrit la portière mais s’écarta pour laisser le brun entrer le premier. Il avait l’habitude du manque de galanterie de son chéri et puis il voulait jeter un dernier coup d’œil au brun qui les regardait de loin. Il semblait charmant et contrairement à son compagnon, Takashi trouvait qu’il formerait un beau couple avec le roux. C’est Hakuei qui entra le dernier après avoir salué de loin son colocataire. Ce dernier resta devant l’immeuble jusqu’à ce que la voiture disparaisse au loin puis il remonta jusqu’à l’appartement de Kaoru. Hakuei et lui avaient convenu qu’il y resterait encore un peu dans le naïf espoir que leur ami leur donne signe de vie ou bien que Tatsurou mette la main sur un indice qui leur aurait échappé.

 

- Réexplique-moi tout depuis le début, ordonna Tomo tout en fixant le paysage qui défilait derrière la vitre.

Hakuei jeta un coup d’œil en direction du chauffeur avant de reporter son attention sur son patron :

- Kaoru a disparu. Je pensais qu’il était parti rejoindre son compagnon mais ce n’est pas le cas. Le soir où il a déposé son congé, un homme d’une cinquantaine d’année l’a emmené avec lui en voiture. Un hôte qui était sorti fumer dehors les a vus. Il m’a aussi dit que cet homme rodait depuis quelques temps autour du club. 

- On sait qui est ce type ? Demanda le brun.

- Personne ne le connait.

- Tu penses que c’est encore une histoire de rivalité, comme ce qui s’est passé avec toi et Yoshiatsu ?

- Non, je crois que c’est une affaire personnelle. Je crois que c’est son père…

- Alors si c’est son père, ça va non ? Intervint Takashi qui se voulait rassurant.

Tomo détacha son regard de la vitre et fixa longuement son amant comme pour lui faire comprendre qu’il devait rester en dehors de ça. Il n’était ici que pour l’accompagner, rien de plus.

- Kaoru est un employé de longue date, non ? Demanda le brun.

- Le meilleur barman que je connaisse. Il s’occupait de la gestion du club avec moi lorsque nous n’avions plus de manager. C’est un excellent élément, ajouta le roux.

- Il n’a jamais envisagé d’entrer dans la famille ?

- Si mais c’était avant l’ère Yoshiatsu.

- Les pratiques de mon très cher cousin ont fait autant de bien que de mal à la réputation de notre famille. Cependant l’ère que nous avons ouverte a rapporté un peu de stabilité et j’entends bien pérenniser cette harmonie.   

- Je ne pourrais rien faire sans Kaoru, murmura Hakuei d’une voix légèrement tremblante. J’ai besoin de lui. Il faut qu’on le retrouve.

- Je sais et c’est pour ça que je vais t’aider.

- Merci monsieur.

Tomo ne répondit pas cependant Hakuei eut l’impression de voir un léger sourire se dessiner aux coins de ses lèvres. Malgré son mauvais caractère, Tomo était le patron le plus humain qu’ils avaient eu jusqu’à présent. C’était sans doute pour cette raison que le roux s’était immédiatement tourné vers lui lorsqu’il avait compris qu’il ne pourrait pas retrouver Kaoru seul. D’ailleurs il espérait qu’ils n’arrivent pas trop tard…

 

*

 

Ses doigts frôlèrent les ecchymoses qui couvraient les bras de son bel endormi. Hakuei tendit la main et dégagea son visage des quelques mèches qui y avaient glissées. Kaoru dormait profondément et son sommeil semblait paisible. Dans un sens le roux était rassuré même s’il savait que les prochains jours seraient difficiles. Enfin ils l’avaient retrouvé et tout irait bien maintenant. Plus personne ne lui ferait du mal et surtout pas son père. Tomo avait promis de s’en occuper personnellement et rien que pour cette raison, Hakuei lui en serait éternellement redevable. Bien sûr, il savait que son patron ne faisait pas ça uniquement par charité. Tomo y voyait son intérêt. Il avait besoin que Hakuei soit opérationnel pour prendre la suite et Hakuei avait besoin de Kaoru à ses côtés. Le calcule était simple et rapide pour le yakuza et s’assurer que ce pervers pédophile et incestueux ait ce qu’il mérite était un moindre mal, à peine un grain de sable dans son agenda. Après tout Tomo avait le bras long et nombreux étaient ceux qui devaient un service à la famille, même auprès des forces de l’ordre. Hakuei était donc tranquille de ce côté-là. Kaoru n’aurait plus rien à craindre de cet homme, quant aux séquelles… aux cauchemars… il en aurait mais le temps et l’amour des siens l’aideraient. Le roux en savait quelque chose pour être lui-même revenu de son propre enfer même s’il avait parfois l’impression de ne pas en être complètement sorti.  

 

On frappa à la porte. L’ancien hôte releva la tête et découvrit Tatsurou dans l’embrassure. Il lui fit aussitôt signe d’entrer. Le barman referma la porte derrière lui et s’approcha sans bruit du lit. Son regard s’attarda longuement sur Kaoru, alors qu’une foule de question se bousculait dans son esprit.

- Tu travailles ce soir ? demanda Hakuei.

- Non et toi ?

- Il faut que je passe au club. Je peux te le confier ?

Tatsurou acquiesça tout en le regardant se lever. Une fois de plus, Hakuei s’en allait rejoindre son monde sans plus d’explication. Lorsque l’ancien hôte passa à côté de lui, il s’arrêta et se pencha pour déposer un baiser contre sa tempe :

- Merci d’être là pour lui.

Tatsurou esquissa un sourire gêné sans rien trouver à lui répondre sinon un vague :

- De rien c’est normal.

Qu’il trouva stupide. C’était d’ailleurs comme ça qu’il se voyait présentement et c’était sans parler de la rougeur de son visage. Si après tout ça Hakuei ne comprenait pas qu’il craquait littéralement pour lui… Enfin ce n’était ni le lieu ni le moment. Maintenant qu’ils vivaient plus ou moins ensemble, Tatsurou aurait bien assez le temps de lui faire part de ses  sentiments même s’il n’avait pas la moindre idée de comment il allait s’y prendre et s’il trouverait un jour le courage de le faire. Après tout c’était tout un monde qui les séparait et ce qui s’était passé aujourd’hui le lui prouvait une fois de plus. Qu’était-il arrivé à Kaoru ? Où avait-il été tout ce temps ? Le barman brun ne le saurait sans doute jamais et même s’il posait la question au roux, quelque chose lui disait qu’il ne lui répondrait pas complètement.

- Ah ! Kaoru… qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ! Gémit le brun en se laissant tomber dans un siège près du lit avant de poser sa tête contre le matelas.

- Commence par faire moins de bruit, murmura une petite voix.

Tatsurou sursauta presque avant de se redresser et de poser son regard sur son ami qui avait entrouvert les yeux.

- Mais putain je suis où ? grommela Kaoru.

- On dirait que ça va déjà mieux puisque tu râles, rétorqua le brun.

- À voir… Le premier visage que je vois en me réveillant c’est ta tête de crétin en plus j’ai mal partout…

- Crétin toi-même. Tu sais que tu nous as filé la méga flippe à tout le monde ? Je n’avais jamais vu Hakuei aussi inquiet. 

- On dirait que vous êtes devenus proches tous les deux.

- Hein ? Mais non !

Le visage du grand brun s’empourpra alors que l’autre barman esquissait un léger sourire moqueur. Oubliant pendant un temps ses tourment, il tendit la main vers Tatsurou et lui fit signe de s’approcher. Le grand brun acquiesça et lorsque ses cheveux furent à porté des doigts de Kaoru, ce dernier les tira lentement vers lui pour l’obliger à se rapprocher encore un peu :

- Je ne te le dirais qu’une seule fois Tatsu. Si tu n’es pas sérieux, c’est moi qui t’exploserait la gueule. 

Le barman brun jura d’abord de douleur avant d’acquiescer énergiquement dans l’espoir que son ami veuille bien le lâcher. Lorsque Kaoru estima que sa menace avait été bien intégrée il le lâcha et Tatsurou se massa activement le cuir chevelue.

- Putain ! Tu m’as fait mal ! J’n’aurais pas cru que t’aurais autant de force dans ton état.

- Alors imagine quand je serais remis, rétorqua le jeune homme aux cheveux mauves en esquissant un petit sourire moqueur. Et je ne te le répéterais pas deux fois. Hakuei est comme mon frère alors tu n’déconnes pas avec lui sinon je te coupe les couilles.

Tatsurou acquiesça et vit un léger sourire se dessiner sur les lèvres du jeune homme blessé. Kaoru n’avait pas envie de penser à ce qui lui était arrivé ni à l’état dans lequel il se trouvait. Tout ce qu’il voulait, c’était remonter la pente et la seule manière qu’il avait trouvé pour le faire, était de jouer les durs et les protecteurs. Parce qu’il le comprenait, le brun décida de jouer le jeu et d’obtenir d’abord sa bénédiction avant d’entamer quoi que ce soit avec le rouquin.

 

*

 

Hakuei servit son patron avant de s’assoir en face de lui. Tomo tira longuement sur sa cigarette puis releva les yeux vers lui.

- Je pars à la fin de la semaine. Je ne serais absent que quelques jours. Takashi viendra avec moi. Ce sera un bon test pour toi. Tu pourras me joindre sur mon portable mais je suis sûr que tout ira bien. Ce n’est pas la première fois que tu gères ce club. La seule différence, c’est qu’il y aura tous les autres à gérer mais tu t’es bien débrouillé ces derniers.

Hakuei esquissa un léger sourire. Tomo était du genre avar en matière de compliment et ceux qu’il lui dispensait ce soir valaient de l’or tant l’entendre les prononcer avait un caractère exceptionnel.

- Et ne t’amourache pas de ce clodo, ajouta son patron en écrasant son mégot.

Hakuei esquissa un autre sourire. Derrière son air froid et distant, Tomo s’inquiétait pour chacun de ses employés. Il n’y avait qu’à voir la manière dont il s’était impliqué pour Kaoru, même si d’une certaine manière cela avait servi ses intérêts mais n’était-ce pas le résultat final qui comptait le plus ?

 

Après avoir échangé encore quelques instructions avec son employé, le brun quitta le club. Hakuei le raccompagna jusqu’à la porte et lorsqu’il alla s’assoir au comptoir, un de ses cadets vint timidement l’interpeler. Apparemment une dame demandait à le voir. Le roux tourna son regard dans la direction indiquée et découvrit une femme d’une quarantaine d’année, buvant seule et déclinant poliment les invitations des hôtes qui s’approchaient d’elle. Elle était là pour Hakuei et seulement lui, même si on avait tenté de lui expliquer qu’il n’exerçait plus.

- Je m’en occupe, déclara le roux en se levant. Je crois savoir qui elle est.

Son cadet acquiesça et le suivit du regard. Hakuei se présenta à sa table avec une bouteille de vin blanc. Lorsqu’elle releva les yeux vers lui, une étrange étincelle y brilla.

- Je suis content que vous ayez eu mon message, déclara le roux en lui servant un verre avant de s’assoir en face d’elle. Vous êtes tel que je vous avais imaginé.

- Vieille et fatiguée ?

L’ancien hôte lui fit un non de la tête avant d’ajouter :

- Vous êtes comme lui, belle et pleine de regret.

- Je crois que je commence à comprendre ce que les femmes viennent chercher dans ce genre d’endroit, soupira-t-elle en sortant une cigarette.

Hakuei sortit son briquet et se pencha vers elle pour l’allumer.

- Nous vendons du rêve ici, Madame.

- Et Kaoru ?

- Il vend du rêve dans un verre. C’est l’un des meilleurs barmans que je connaisse.

Elle sembla soulagée. En s’en apercevant, un léger sourire se dessina sur les lèvres du roux qui garda le silence, profitant de la musique d’ambiance et du vin qu’il s’était également servi. C’est elle qui rompit l’atmosphère sans doute trop pesante pour elle, en lui demandant d’une voix tremblante :

- Comment va-t-il ?

- Quand j’ai quitté l’hôpital, il ne s’était pas encore réveillé. Il souffre surtout de déshydratation et des mauvais traitements qu’il a subit mais il s’en remettra. Ne vous en faites pas. Kaoru est solide.

- Si j’avais su…, non ce n’est pas une excuse. Je n’ai tout simplement pas voulu voir. C’était plus facile de me dire qu’il était devenu un enfant trop difficile et sans doute ingrat.

- Comment l’avez-vous su alors ?

Elle parut surprise par sa question et devant son sourire tranquille et dénué de jugement, elle se sentit suffisamment en confiance pour lui avouer :

- En lisant un livre.

Elle ouvrit son fourre-tout en cuir noir et en sortit ce livre que Kyo avait écrit en s’inspirant de la vie de Kaoru. Non en fait il ne s’en était pas inspiré, il l’avait retranscrite en modifiant à peine les noms et les lieux, à l’instar de ce qu’il avait fait avec son dernier roman. L’espace d’un instant, Hakuei pensa à Miya et ce qu’ils avaient vécu ensemble mais il chassa bien vite cette pensée. C’était du passé. C’était presque dans une autre vie et l’un comme l’autre n’avaient plus rien à voir avec les protagonistes de l’époque.

- J’ai alors compris ce que j’aurais dû comprendre depuis longtemps, continue-t-elle. Tout ce à côté de quoi j’étais passée, tous ces petits détails que j’avais préféré ignorer… Une fois que la graine du doute a commencé à germer en moi, j’ai commencé à chercher, à fouiller et j’ai trouvé ce que j’avais toujours refusé de voir. Je me suis alors sentie si sale, si monstrueuse…

Sa voix s’étrangla et Hakuei alla chercher sa main pour la serrer tendrement. Il avait été hôte, il savait quoi faire pour écouter et compatir à la peine des autres. Ça avait été son métier mais surtout sa vie.

- Alors vous avez demandé le divorce, continua le roux à sa place. Et quand il est s’est retrouvé acculé, poussé dans ses retranchements, il est venu ici.

Sa main se crispa dans celle du roux qui sans la lâcher, se leva pour venir s’assoir à côté d’elle.

- Je ne pouvais pas savoir qu’il s’en prendrait à nouveau à lui, sanglota-t-elle lorsqu’il la prit dans ses bras.

Hakuei resserra tendrement son étreinte sur elle et la berça doucement. La mère de Kaoru n’était pas exempte de faute et pourtant à côté de sa propre mère, cette femme lui apparaissait presque parfaite.

- J’aurais dû le dénoncer à la police au lieu de le mettre à la porte, continua-t-elle en reniflant.

- Avec des si, on pourrait refaire le monde alors ne vous tourmentez plus et allez plutôt voir Kaoru.

- Il ne voudra jamais…

- Peut-être, peut-être pas mais vous irez quand même. Vous serez là, même s’il ne vous autorise pas à entrer dans sa chambre, vous serez au moins devant sa porte. Il le saura et il finira par vous ouvrir son cœur.

- Vous croyez ?

- Oui. Parce qu’un fils pardonne toujours à sa mère.

Et il était lui-même bien placé pour le savoir.