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Love Me

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Tatsurou fixa l’eau de son bain, n’osant pas relever les yeux vers Hakuei qui se déshabillait juste à côté de lui. Il devait se concentrer pour ne pas imaginer ce qu’il entendait et chaque bruissement de tissu avait quelque chose de très érotique donc de très excitant. Chaque fois que Tatsurou sentait son sexe réagir, il devait se faire violence pour tenter de calmer ses ardeurs. D’autant plus que le roux ne tarda pas à le rejoindre dans son bain. Alors que l’ancien hôte s’installait juste en face de lui, le brun retint sa respiration et ne releva les yeux qu’en sentant son pied contre le sien.

- Qu’est-ce qui se passe ? Tu as l’air bien crispé d’un coup. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’on partage le même bain. En plus avec tout ce qui s’est passé avec Kaoru, on n’a pas vraiment eu une minute à nous.

Tatsurou esquissa un sourire gêné. Il ne savait pas quoi lui répondre. Hakuei marquait un point. Ce n’était pas la première fois qu’ils se retrouvaient dans une situation si ambigüe et pourtant cette nuit, le brun sentait que c’était différent. Peut-être à cause de la manière dont son vis-à-vis le regardait et du choix de ses mots. Ce sourire énigmatique était à la fois envoutant et… Les pensées de Tatsurou se figèrent lorsqu’il se rendit compte qu’Hakuei se rapprochait de lui. Son visage se retrouva si près du sien qu’il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres. Est-ce qu’ils franchiraient enfin le pas ? Il n’osait l’espérer ni être celui qui le ferait. Il préférait que ça soit Hakuei qui le fasse.

- Je crois qu’on travaille trop, murmura le roux en pressant son front contre le sien.

La distance qui les séparait était à présent si faible et le cœur du barman battait si vite.

- Hakuei…

- Oui ?

Un sourire remplit de douceur était dessiné sur les lèvres du roux qui s’écarta légèrement afin de pouvoir ancrer son regard dans le sien. L’espace d’un instant, c’était comme si le temps s’était arrêté autour d’eux et la seule certitude de Tatsurou était les battements de son cœur qui s’accéléraient dans sa poitrine.

- Je crois qu’il nous faudrait des vacances, déclara finalement l’ancien hôte.

Au lieu de l’embrasser, il nicha son visage dans le creux du cou du brun, passant ses bras autour de lui alors que son corps venait rencontrer le sien. Ce n’était pas la première fois qu’ils s’enlaçaient mais habituellement ils le faisaient en étant habillés.

- Entre Kaoru et mon père… je crois que je vais finir par prendre un abonnement à l’hôpital.

- C’est la première fois que tu me parles de ton père, déclara le barman d’une voix tremblante.

- C’est vrai, répondit Hakuei en souriant contre son torse. C’est parce qu’il n’y a pas grand-chose à en dire. Il est tombé malade lorsque j’étais encore au lycée et il passe plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. Au final on se voit très peu.

- Ça me fait plaisir que tu me parles un peu de toi.

Le brun glissa une main dans ses cheveux roux puis y déposa maladroitement un baiser alors que ses doigts couraient sur la nuque de l’ancien hôte. Ce dernier bougea légèrement puis releva le visage vers lui. Leurs regards se croisèrent et leurs lèvres se frôlèrent. Alors qu’ils étaient sur le point de s’embrasser quelqu’un frappa à grand coup contre la porte d’entrée. Hakuei s’écarta alors que Tatsurou grommelait un juron, maudissant intérieurement celui qui venait de gâcher ce moment si spécial.

- Je crois que tu ferais mieux de lui ouvrir, déclara Hakuei en reprenant sa place à l’autre bout de la baignoire.

Pour toute réponse, Tatsurou poussa un profond soupir avant de se lever sous le regard attentif du roux qui ne se gênait pas pour le mater ouvertement. En sentant son regard sur son corps nu, le brun rougit avant de passer rapidement une serviette autour de sa taille. Quelques pas plus tard, il était devant sa porte d’entrée. Après avoir jeté un rapide coup d’œil au Judas, il ouvrit à son compère en déclarant :

- Qu’est-ce que tu fous là Miya ?

L’autre brun arqua un sourcil avant de lui mettre un dossier sous le nez en déclarant :

- T’a déjà oublié que tu t’étais proposé pour m’aider à préparer le prochain séminaire à la place de Kaoru ?

- Merde… ça m’était complètement sorti de la tête. Entre. Je vais m’habiller.

Tatsurou s’écarta pour le laisser entrer puis jeta un coup d’œil vers la salle de bain avant d’aller directement dans sa chambre pour s’habiller. Hakuei de son côté n’avait entendu que de vagues murmures provenant de l’entrée cependant il avait bien compris qu’ils avaient de la visite et que le brun n’était pas prêt de revenir. Malgré lui un soupir traversa ses lèvres avant qu’un sourire ne finisse par s’y dessiner. Dans le fond, ce n’était peut-être pas plus mal. Après tout, ils avaient été sur le point de s’embrasser et ils n’étaient peut-être pas prêts pour ça. Ils se connaissaient à peine et Tatsurou ne savait pas encore dans quoi il risquait de s’embarquer alors mieux valait que leur relation reste amicale, du moins pour le moment.

 

Hakuei décida de quitter à son tour le bain. Y rester ne l’intéressait plus maintenant que Tatsurou n’était plus là pour lui tenir compagnie. Le roux s’épongea le corps puis passa une serviette autour de sa taille. Il n’avait pas emporté de vêtement avec lui alors il ne lui restait plus qu’à traverser l’appartement dans cette tenue pour accéder à la chambre. De toute façon il n’avait rien à cacher et leur visiteur ne s’offusquerait pas pour sa tenue quelque peu légère.

 

Miya ne fut pas vraiment surpris de voir la porte de la salle de bain s’ouvrir. Il avait compris que Tatsurou n’était pas seul et qu’il l’avait sans aucun doute dérangé en plein rendez-vous galant. Si l’affaire qui les occupait avait pu attendre, il serait repassé sans insister malheureusement il ne pouvait remettre à plus tard leur travail. De toute façon ce n’était que l’affaire que d’une petite heure, peut-être moins. Dès qu’ils auraient terminé, Miya s’en irait et les laisserait libre de reprendre leurs activités là ils les avaient laissés. Mais c’était sans compter sur l’identité de l’autre homme.

 

Lorsque leurs regardes se croisèrent, ils eurent l’impression que le temps s’arrêtait autour d’eux. Un nœud se forma dans l’estomac du roux alors que le visage du brun s’assombrissait. Sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, Miya sentait la colère l’envahir en même temps qu’une pointe de jalousie indécente s’y mêlait. Après tout, entre eux tout était fini depuis bien longtemps. Ils avaient chacun refait leur vie et pourtant, le retrouver à moitié nu dans l’appartement d’un autre homme, qui plus est l’un de ses amis, lui faisait mal et le mettait en colère. L’espace d’un instant Miya eut l’impression de faire un bond dans le passé et eut l’envie furieuse de frapper cette putain rousse qui ne cessait de le décevoir par son comportement lubrique et indécent.

 

C’est Tatsurou qui les ramena au présent en faisant irruption dans le couloir où les deux anciens amants se faisaient face.

- Ah ! Je vois que vous avez fait connaissance. Enfin vous vous étiez déjà croisés ici quand on avait fêté le bouquin de Kyo.

- C’est exacte, déclara Hakuei en reprenant de la contenance. Si vous voulez bien m’excuser.

Tout en affichant un sourire énigmatique, le roux passa à côté des deux bruns et prit la direction de la chambre pour s’habiller.

- Je ne savais pas que vous étiez ensemble, rétorqua un peu froidement Miya.

- C’est un poil plus compliqué que ça, soupira Tatsurou. Allé allons nous installer au salon. Je t’offre une bière ?

Miya aurait préféré quelque chose de plus fort mais se garda bien de le lui dire et se contenta d’acquiescer. Après tout, il n’avait aucune raison d’être blessé ou en colère et encore moins d’être jaloux. Hakuei et lui c’était du passé. Quant à Tatsurou, il était majeur et libre de fréquenter qui il voulait. Pourtant, il ne peut s’empêcher de lui dire :

- Il parait qu’il est hôte.

- Ancien hôte. Il est manager dans le club où il a fait ses débuts et je crois qu’il supervise d’autres établissements.

- Pour le compte des yakuzas. Je croyais que tu préférais rester loin d’eux ?

- C’est le mec qui a commencé chez les yaks qui dit ça, se moqua Tatsurou.

- J’étais jeune. On fait tout un tas de connerie quand on a vingt ans. D’ailleurs si je pouvais effacer cette partie de ma vie, je le ferais sans hésiter.

- Tout ? Tu ne vas pas me dire que tu n’as jamais eu aucun bon moment ?

Miya prit le temps de réfléchir à son adolescence et à sa vie avec Hakuei. Ils s’étaient aimés avec force et passion mais s’étaient fait tellement de mal qu’il n’arrivait plus à se souvenir des moments heureux qu’ils avaient pu avoir. En avaient-ils seulement eu ?

- Aucun qui ne mérite d’être conservé. Ma vie est bien meilleure aujourd’hui.

D’ailleurs s’il pouvait supprimer de son existence l’histoire qu’il avait eue avec Hakuei, il le ferait sans hésiter. Ses paroles étaient suffisamment claires pour que Hakuei le comprenne lorsqu’il surprit leur conversation en entrant dans le salon.

- Tu t’en vas ? S’étonna Tatsurou en remarquant le roux dans l’encadrement de la porte.

- Je vais juste faire un saut au club. Je vous laisse travailler, répondit l’ancien hôte.

Sur ces mots, Hakuei entra dans le salon et alla déposer un baiser à la commissure des lèvres de Tatsurou avant de saluer le moins froidement possible Miya. Ce dernier le suivit du regard avant de se concentrer tant bien que mal sur les documents qu’il avait apporté. Il était ici pour travailler avec Tatsurou mais sa rencontre avec le roux l’avait contrarié. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’ils se retrouvaient face à face mais cette fois-ci le contexte était différent. Hakuei donnait l’impression d’avoir refait sa vie et en même temps, Miya avait le sentiment qu’il se moquait de son ami. Un sourire mauvais se dessina un court instant sur ses lèvres. Depuis quand considérait-il Tatsurou comme un proche ? Il ne savait plus très bien. D’ailleurs c’était peut-être une jalousie mal placée qui lui faisait penser qu’entre eux, ça ne marcherait jamais. Après tout, ça n’avait pas marché avec lui, alors pourquoi un autre barman pourrait réussir là où lui avait échoué ? Et Tatsurou n’était pas un homme à la réputation irréprochable, bien au contraire. Il était connu pour être un dragueur invétéré, allergique aux histoires sérieuses. Au final, ça ne devait être qu’une histoire de sexe entre eux et c’était sans doute encore pire pour Miya. 

 

*

 

Comme si écrire un livre insultant n’était pas suffisant. Voilà qu’il devait venir tout gâcher entre Tatsurou et lui. Pourquoi Miya faisait-il ça ? Il disait avoir écrit ce livre pour tirer un trait sur leur passé mais c’était faux et il l’avait vu à la manière dont il l’avait regardé tout à l’heure. Il le haïssait encore et peut-être que c’était pour cette raison qu’il avait séduit Shinya. Par esprit de vengeance. Pour lui prendre le peu qu’il possédait... après tout, comment pouvait-il espérer un jour se rapprocher de son cadet si Miya se mettait entre eux ?

 

Une larme roula sur la joue du roux qui l’essuya rageusement. Il n’existait qu’un seul homme au monde capable de lui faire perdre son sang-froid et il venait de le laisser en compagnie de l’homme qu’il convoitait secrètement. Et il était inutile de continuer de se voiler la face car quelque chose se passait belle et bien entre Tatsurou et lui. Il n’avait pas voulu y accorder d’importance. Il avait d’abord pris ça pour un jeu mais ce qui s’était passé tout à l’heure lui avait fait comprendre qu’il était peut-être prêt à ouvrir à nouveau son cœur. Après tout, depuis Miya il avait veillé à ne plus retomber sous le charme de qui que ce soit. Il y avait bien eu Toshiya mais avec lui, ça avait été presque aussi malsain qu’avec Miya. Alors qu’avec Tatsurou, tout était si différent... Mais Miya était très certainement en train de tout gâcher, comme pour lui rappeler qu’il n’avait pas le droit d’accéder à ce genre de bonheur. Il avait choisi d’être une marchandise.  Un pantin entre les mains d’une famille de Yakuza et il n’avait aucun droit d’entrainer quelqu’un comme Tatsurou dans ce genre de vie.

 

L’ancien hôte prit une profonde inspiration tout en s’arrêtant devant la vitrine d’un café situé juste en face du club. C’était ici que Kaoru et lui se retrouvaient lorsqu’il était encore trop tôt pour ouvrir le club et qu’ils n’avaient pas envie de plonger immédiatement dans le monde de la nuit. C’était l’endroit idéal pour une petite pause. Une dernière bouffée d’oxygène avant de s’immerger dans un univers obscur, artificiel mais surtout cruel.

 

Hakuei observa un instant son reflet, esquissant un triste sourire avant que son cœur ne rate un battement en croisant son regard. C’était impossible et pourtant, il était bel et bien là, assis de l’autre côté de la vitre, buvant un cappuccino tout en l’observant. Un sourire se dessina sur les lèvres du brun, comme une invitation à entrer et partager un moment aussi inattendu qu’improbable. Hakuei hésita. En avait-il seulement le droit ? Il doutait également que cela soit raisonnable et en même temps après ce qui venait de se passer avec Miya, il se sentait incapable de refuser cette main tendue. Il acquiesça et se détacha de la vitre pour entrer. L'autre le suivit du regard tout en esquissant un sourire que l’ancien hôte ne lui avait jamais vu.

- Toshiya..., murmura Hakuei en arrivant près de sa table.

- Assis-toi s’il te plait.

Le roux tira maladroitement une chaise sans le quitter des yeux, se demandant s’il n’était pas en train de rêver et si Toshiya était bel et bien en face de lui. Une serveuse s’approcha d’eux et demanda au roux ce qu’il souhaitait prendre. Toshiya répondit à sa place, lui indiquant que son ami prendrait la même chose que lui. La jeune femme acquiesça et s’éclipsa.

- Ça fait longtemps, déclara le brun lorsqu’ils se retrouvèrent seuls.

- Tu n’étais pas censé être à Hokkaido ? Ton père sait que tu es à Tokyo ?

- Ne t’inquiète pas. C’est lui qui m’a rappelé à la capitale. On dirait bien qu’il a complètement changé ses plans et les miens par la même occasion.

Il y avait quelque chose d’étrange dans le ton de la voix de Toshiya. Il semblait d’ailleurs différent comme s’il avait mûri. C’était peut-être le cas. L’éloignement l’avait peut-être changé, le rendant ainsi un peu meilleur. Parce qu’il n’était pas dans un bon jour et que Miya avait brisé le rempart qui entourait habituellement son cœur, Hakuei se sentait touché par le charme de cet ancien amant qui n’avait pas toujours été tendre avec lui.

- J’ai appris que Tomo t’avait confié la gestion des clubs. Finalement, c’est assez logique. Tu les connais mieux que personne. Tu m’as secondé, tu as secondé Yoshiatsu. C’est à toi que devait revenir ce poste au final. Je suis content pour toi.

La serveuse revient avec le cappuccino d’Hakuei et les deux hommes suspendirent pour un temps leur conversation. Lorsqu’elle s’en alla, le roux lui demanda :

- Et toi ? Que vas-tu faire maintenant ?

- De la politique, déclara fièrement le brun. Mon père estime qu’il est temps que notre famille sorte de l’ombre. Nous dirigeons déjà d’une certaine manière Tokyo. Il est temps de le faire au grand jour.

Un sourire se dessina sur les lèvres de l’ancien hôte qui ne sut quoi répondre à cette nouvelle aussi surprenante qu’inattendue bien qu’au final il voyait bien Toshiya conquérir les foules. Il avait tout du leader et ferait sans doute une très belle carrière politique à condition qu’aucun scandale homosexuel ne vienne entacher sa carrière. Comme s’il devinait ses pensées, le brun ajouta en esquissant un sourire :

- Bien entendu je vais devoir me marier. Ça n’a pas été facile à accepter.

Surtout pour Die qui était resté dans le nord pour finaliser quelques gros dossiers et s’occuper de la passation avec le successeur de Toshiya.

- Mais finalement ça ne devrait pas être un problème. Père va me trouver l’épouse parfaite, qui passera bien à la télé et qui surtout ne me posera aucun problème. Tu sais comme père sait choisir les candidats idéals.

Hakuei acquiesça et se doutait que le choix ne se portait pas sur une jeune fille de bonne famille mais plutôt sur une cendrillon qu’on sortirait de sa misère pour garantir son silence et sa loyauté à coup de millions de yens. Après tout c’était ce qu’on avait fait avec lui alors il n’y a pas de raison de ne pas user à nouveau de ce stratagème. Miser sur le malheur des autres était toujours un pari gagnant et à ce petit jeu-là, le père de Toshiya était très fort. Hakuei en savait quelque chose mais n’avait au final pas à se plaindre. Qu’est-ce que quelques années de prostitutions au regard de ce qu’il y avait gagné ? D’ailleurs il devait y avoir pire que d’épouser Toshiya.

- Et toi ? Est-ce que tu as refait ta vie ? Demanda le yakuza d’un ton très sérieux.

- Tant que je travaillerais pour ta famille, je ne serais jamais libre de le faire mais tout va bien et je n’ai pas à me plaindre. Je gagne bien ma vie et mes nouvelles fonctions me plaisent.

Toshiya acquiesça d’un signe de la tête avant de prendre une longue gorgée de sa boisson chaude.

- Et ton père ?

- Son état ne s’améliore pas. Mais c’est comme ça.

Toshiya acquiesça à nouveau avant de poser sa main sur celle de son vis-à-vis. Il la serra doucement avant de reprendre :

- Je ne veux pas te mentir. J’avais refait ma vie à l’étranger mais je ne t’ai jamais oublié. Aujourd’hui je reviens à Tokyo pour me trouver une épouse et commencer une nouvelle carrière. Mon compagnon actuel a très bien compris que ça ne changerait rien entre nous. Ce qu’il ne sait pas c’est que je t’aime toujours et que je ne sais plus avec qui j’ai envie d’être.

Hakuei referma ses doigts sur ceux de son ancien amant avant de lui sourire avec tendresse :

- Je n’étais déjà pas à toi à l’époque. J’appartiens à ta famille, à ton père. Je ne pourrais jamais être avec toi, même dans l’ombre et surtout pas dans la nouvelle voie que tu vas suivre. Sois fidèle à l’homme avec qui tu t’es engagé. Tu vas déjà lui faire vivre de rudes épreuves avec ton prochain mariage. Moi je ne suis qu’un caprice. Un objet qui faisait partie de tes anciennes fonctions. J’appartiens à ton passé Toshiya.

- Tes paroles sont remplies de sagesses. Ta voix ne tremble pas. On dirait que tu as déjà tourné la page et je me demande s’il n’y a pas un autre homme derrière tout ça.

Les doigts de Toshiya se resserrèrent vivement sur les siens. Surpris, Hakuei voulut les retirer mais le brun les gardait fermement dans sa main. L’expression de son visage avait également changé. Il semblait soudain plus froid et l’espace d’un instant Hakuei retrouva l’homme avec qui il avait partagé durant tant d’années une relation si malsaine...

- N’oublie jamais ce que tu viens de dire. N’oublie jamais pourquoi tu m’as officiellement dit non, car moi je ne l’oublierais jamais.

Toshiya libéra sa main et Hakuei la massa doucement. Le brun l’avait serré avec une telle force qu’il avait cru l’espace d’un instant que ses os allaient se rompre. Toshiya n’avait au final pas changé, à l’instar de Miya qui avait bien failli lui faire une scène quelques heures plus tôt. C’était à croire que l’univers s’était mobilisé pour veiller à ce qu’il reste bien à sa place en dépit de l’ascension social qu’il connaissait et cette dernière n’était apparemment pas synonyme de liberté.

- Je crois que je vais y aller, déclara Hakuei en sortant son portefeuille.

Toshiya lui fit signe de le ranger et ajouta :

- C’est moi qui offre honey.

Hakuei le remercia et quitta rapidement le café pour rejoindre un espace qu’il dirigeait désormais et dans lequel il serait sans aucun doute plus en sécurité.

 

*

 

Toshiya se traita de crétin durant tout le trajet jusqu’à son hôtel. Mais qu’est-ce qui lui avait pris ? Tout se passait pourtant très bien entre eux et voilà qu’il gâchait tout à la dernière minute avec un élan de jalousie mal placé. Il n’avait pourtant aucun droit de se comporter de cette manière. Hakuei ne lui appartenait plus... D’ailleurs comme le roux le lui avait rappelé, il n’avait jamais été à lui et pourtant à une époque le brun l’avait aimé avec une telle force. Aujourd’hui ? Il ne savait plus vraiment où il en était. Après tout, il avait désormais Die avec qui il partageait une relation équilibrée et qui semblait être fait pour lui. Il l’aimait également, pas de la même manière que Hakuei mais c’était peut-être ça le véritable amour. Un pâle sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’il repensait à tous ces sentiments contradictoires qui se bousculaient dans son esprit. Il ne savait plus vraiment où il en était et son futur mariage ne l’y aidait pas, tout comme son retour à Tokyo. Peut-être aurait-il dû décliner la proposition de son père et rester terré dans le nord avec Die. Au moins là-bas, ils auraient pu continuer de vivre heureux et caché mais ce n’était peut-être pas trop tard pour tout arrêter et faire machine arrière ?

 

Tout en y pensant, ses pas le conduisirent jusqu’au bar de l’hôtel cinq étoiles dans lequel il était descendu. Il n’était que de passage pour quelques jours, le temps de régler quelques formalités avant de rejoindre Die pour boucler définitivement leurs valises. Toshiya avait saisi l’occasion pour clarifier ses sentiments et ainsi pouvoir emménager à la capitale avec son compagnon, le plus sereinement possible. Cependant cela semblait plus compliqué que prévu et revoir Hakuei ne l’avait pas vraiment aidé.

 

Le brun retira sa veste et s’installa directement au comptoir, se hissant sur un tabouret avant de relever les yeux vers le barman. Apparemment il arrivait au moment de la relève et c’était un employé tout frais qui allait s’occuper de lui. Brun, d’assez petite taille, bouc bien dessiné et taillé à la perfection... il y avait quelque chose de ténébreux et de familier chez lui mais Toshiya n’y fit pas attention dans un premier temps. Il était bien trop occupé avec ses dilemmes sentimentaux.

- Un whisky s’il vous plait.

Lorsque le barman croisa son regard, Toshiya y décela de la surprise mêlée à un tout autre sentiment mais il ne lui fit aucune remarque. Ils se connaissaient ou en tout cas, ils s’étaient déjà croisés dans une autre vie et cet homme l’avait reconnu. Amusé, le yakuza le détailla plus attentivement avant d’esquisser un large sourire lorsque le barman posa son verre sur le comptoir.

- Masaaru, ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vu ?

Miya crispa ses doigts sur le verre qu’il venait de poser avant de relever lentement les yeux vers Toshiya qui affichait un large sourire où se mêlait amusement et mépris.

- Je dirais presque des siècles, ajouta le yakuza. Je m’étonne de t’avoir reconnu. Tu as beaucoup changé.

- Et je m’appelle Miya maintenant. Quant à vous, vous n’avez pas vraiment changé.

- Je vais prendre ça pour un compliment, rétorqua Toshiya en portant son whisky à ses lèvres. Je me souviens de toi. Tu étais un bon élément. C’est grâce à toi si le club a si bien marché. Grace au garçon que tu nous avais emmené. J’étais trop jeune à l’époque et je ne venais pas souvent au club mais on m’a dit par la suite que c’était grâce à toi si on avait pu mettre la main sur celui qui est devenu notre meilleur hôte.

Miya serra des dents sans rien dire. Jamais il n’aurait cru se retrouver nez à nez avec un membre de cette foutu famille et encore moins Toshiya dont le père et l’oncle étaient sans conteste les responsables de sa rupture avec Hakuei. C’était eux qui l’avaient conduit à la prostitution et entendre ce fils à papa lui rejeter la faute à la figure le mettait hors de lui. S’il s’écoutait il lui enfoncerait son poing dans la figure mais il n’en fit rien. Il avait changé mais surtout il tenait à son travail et n’allait certainement pas tout gâcher pour un type comme lui.

- Si vous voulez bien m’excusez. J’ai d’autres clients à servir, répliqua le moins froidement possible le barman.

Toshiya lui adressa un petit sourire moqueur tout en acquiesçant et en lui faisant signe qu’il pouvait s’en aller. Grace à lui sa mauvaise humeur avait disparu et il savait à présent quoi faire pour se rattraper. Il sortit alors son téléphone portable et appela le club, demandant à pouvoir parler à Hakuei. Il n’était pas certain que le roux accepte de lui parler mais il voulait tenter sa chance et essayer de se faire pardonner.